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Le projet du Colorado

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Article source:http://rr0.org/org/us/university/colorado/projet/condon/index.html

Le projet du Colorado

Le Hérisson du 20 octobre 1966, titrant sur la création du projet Colorado : Les U.S.A. décident : 300 000 $ pour élucider le mystère des soucoupes volantes. En encart, le loufoque cotoie le sérieux : La princesse Negonnah et le prince Nœsam délégués de la planète Tythan au congrès des engins inconnus.
C'est la vie du 7 août, titrant sur Le secret du V-7, soucoupe volante n° 1, photos à l'appui

Suite à la pression du public pour la divulgation des informations sur les ovnis, attisée par le scandale de l’affaire du gaz des marais, le secrétaire de l’USAF Harold Brown propose lors d’une commission qu’un organisme civil indépendant mène une étude des ovnis, dont la scientificité serait garantie par la NAS.

Négociations

Plusieurs universités sont envisagées, mais seule celle du Colorado est un candidat plausible. Une figure scientifique respectée est nécessaire pour diriger ce projet, et Edward Condon est pressenti. Ce dernier ne cache pas son scepticisme mais choisit tout de même d’accepter : au cas où l’on découvre quelque chose, il veut faire partie de l’histoire. Avec Robert Low, administrateur du projet, ils laissent entendre que le projet pourrait offrir une face objective, tout en ayant un fond sceptique, comme le montreront des interviews de Condon ou le mémo de Low. De plus, le budget alloué à l’université n’est pas négligeable.

Démarrage

En octobre 1966 le Secrétaire à la Défense annonce que l’USAF avait choisi Condon et l’Université du Colorado (d’où son futur qualificatif de « Projet Colorado ») pour mener l’Etude Scientifique des Objets Volants Non-identifiés. L’USAF lui ouvre tous les dossiers de son projet Blue Book, et va la subventionner à hauteur de 313 000 $ 1. Le ton est donné quant Low déclare que le projet d’étude des ovnis n’est pas loin des critères de non-acceptabilité pour une université [1].

Recrutement

Diverses personnes fort compétentes pourraient faire partie du projet, mais la recommandation est d’éviter toute personne « impliquée », c’est-à-dire ayant exprimé un avis sur le sujet. En particulier, Hynek ou McDonald, même s’ils seront conviés pour faire des exposés au membres de l’équipe.

On va donc compter parmi les membres « Commission Condon » :

Rôle Nom Période Rapport Condon
Sections 1 & 2 (conclusions) Etudes
(7 résumés)
Etudes de cas
(59 cas)
Section 5 & 6
(13 chapitres)
Directeur du programme Edward Condon   2     1
Administrateur et coordinateur du programme Robert Low       8  
Enquêteur principal Stuart Cook       1  
Franklin Roach       2  
David Saunders -7 février 1968        
Co-enquêteur principal William A. Scott          
Chercheur associé Ronald I. Presnell          
Gerald M. Rothberg       1  
Herbert J. Strenz          
James Wadsworth       17  
Norman Levine Juin 1967-7 février 1968     8  
Membre de l’équipe Roy Graig Mars 1967-27 septembre 1968   3 13  
William Hartmann     1 14  
Aldora Lee     1    
Gordon Thayer Juillet 1968   1    
  Mary Louise Armstrong -24 février 1968        
  J. H. Rush          
  Ahrens          
  M. Wertheimer          

2 étudiants en psychologie, 1 en lettres, 2 secrétaires, 1 imprimeur, …et de nombreux autres spécialistes.

Enquêtes

Le projet va étudier de nombreux cas (sortis des cartons de l’USAF ou non), et plus particulièrement 91 qu’elle considère comme les plus difficiles à expliquer. Cependant le projet n’est pas la seule occupation de Condon, et c’est surtout Low qui va le gèrer.

Le 25 janvier, Condon parle devant la fraternité scientifique honoraire Sigma Xi, déclarant : Mon inclinaison en ce moment est de recommander que le Gouvernement sorte de ces affaires. Mon attitude actuellement est qu’il n’y a rien là-dedans ; ajoutant avec un sourire, mais je ne suis pas supposé atteindre une conclusion avant une autre année [2]. Cela emeut certains experts et associations bien utiles au projet comme le NICAP, et Condon assure que la presse a sorti la phrase de son contexte à Keyhoe, qui passe l’éponge.

Le 13 septembre 1967, Condon se rend au Symposium de Spectroscopie Atomique de Gaithersburg (Md.). Il y parle principalement de choses risibles, racontant qu’un contacté lui a proposé de le présenter à l’équipage d’un ovni moyennant une somme d’argent [3].

Le 27 septembre, Condon déclare : Je suis presque enclin à penser que de telles études devraient être interrompues à moins que quelqu’un n’arrive avec une nouvelle idée sur la manière d’approcher le problème… Le 21ème siècle pourrait mourrir de rie en regardant en arrière les nombreuses choses que nous avons faites. Ceci [l’étude sur les ovnis] pourrait en être une [4]

Une fuite fatale

En cherchant dans les archives du projet pour préparer une allocution sur la création du projet, Roy Craig tombe sur le mémo de Low. Le trouble particulièrement la phrase indiquant que l’investigation apparaisse comme une étude totalement objective pour le public. Il le montre à Levine, qui le montre à d’autres membres de l’équipe, dont Saunders, et qui ont la même réaction.

Le 12 décembre, Saunders, Levine, Hynek, Mary Louise Armstrong et McDonald se retrouvent et s’accordent sur le fait qu’une nouvelle organisation pourrait être formée avec des professionnels. Après le départ de Hynek, McDonald y a pour la 1ère fois connaissance du mémo de Low. Il ne manque pas d’exprimer son choc le 19 janvier 1968, lorsque Low l’appelle ; une conversation qui tourne court, et que McDonald prolonge par une lettre qu’il lui adresse, citant le scandale du memo de son correspondant. Low ne lit la lettre que le 6 février, mais entre alors dans une colère sans précédent. McDonald a commis l’erreur de donner les noms de ses indicateurs : Saunders et Levine. Le lendemain, mercredi 7 février, les 2 enquêteurs sont convoqué dans le bureau de Condon et Low. Ils sont renvoyés.

C’est en trop pour Mary Louise Armstrong, l’assistante de Condon et Low qui, arrivée sans a priori, est elle aussi convaincue que le projet est mal dirigé. Elle décide de démissionner. mais avant fait part de son opinon à Condon le 28 février. Celui-ci l’incite à rédiger une lettre à ce sujet, et lui répond, tout en l’avertissant de garder ce courrier confidentiel. Elle n’en fera rien.

Le 14 mai, l’article de John G. Fuller, Le fiasco des soucoupes volantes paraît dans le magazine Look, relatant l’affaire.

Rapport

Le 30 juin marque l’arrêt officiel des enquêtes pour se consacrer à la rédaction du rapport. Conformément aux idées émises dans son mémo, Low a une vision claire de ce qu’il veut mettre dedans. Il veut un rapport volumineux, avec une masse d’informations techniques qui donnerait l’image d’une véritable étude scientifique.

En juillet, Gordon Thayer est dépéché à la rescousse du projet par l’ESSA pour rédiger chapitre sur les analyses de cas optiques et radar sur le terrain (assisté de Burgette A. Hart) et la partie sur les particules aérosols du chapitre sur les mirages optiques. Il travaille avec Roy Craig, qui le met au courant des internes du projet.

Le 31 octobre 1968, la rédaction du rapport est terminée. Celui-ci, qui proposera une explication pour 61 des 91 cas sélectionnés, est remis au Secrétaire de l’USAF, Harold Brown, par le président de l’université du Colorado. Il est alors soumis à un panel de la NAS, pour approbation. On donne 2 semaines au panel de la NAS pour examiner le rapport de 1465 pages. Celui-ci se réunit à Washington le 2 décembre, puis le 6 janvier 1969 et approuve le rapport .

Une édition bon marché à destination du public est disponible en janvier 1969. Le rapport officiel est présenté à l’Automne, sous la forme de 900 pages relativement indigestes. On y trouve des passages susceptibles d’appuyer les témoignages d’astronautes, tels que : compte tenu de l’entraînement des astronautes et de leur perspicacité, on peut accorder le maximum de crédibilité aux rapports qu’ils ont transmis concernant ces observations.

Mais le rapport contient les conclusions suivantes :

  1. Aucun cas d’ovni rapporté, enquêté ou évalué par l’Air Force n’a jamais montré signe de menace pour notre sécurité nationale.
  2. Il n’existe aucune preuve soumise à l’Air Force ou découverte par elle que les observations classées comme « non-identifiées » représentent des développements technologiques ou des principes dépassant la connaissance scientifique moderne.
  3. Il n’existe aucune preuve que les observations classées comme « non-identifiées » soient des véhicules extraterrestres.

La conclusion générale du rapport, remis le 1er janvier 1969 et rédigée par Condon, est la suivante :

90 % des rapports d’ovnis ont été prouvés comme étant dus à des phénomènes connus. L’étude des ovnis pendant les 21 années précédentes n’a rien ajouté aux connaissances scientifiques. Une étude extensive ultérieure des ovnis ne peut probablement pas être justifiée pour faire progresser la science.

Une conclusion fort surprenante, puisque le rapport indique que 9501 des 10 147 cas examinés entre 1947 et 1965 sont explicables, c’est-à-dire 30 % de phénomènes connus et non 90 %. Le rapport contient également, en annexe U, les conclusions déclassifiées de la Commission Robertson, un groupe d’étude secret monté 15 ans plus tôt pour évaluer le problème ovni et y proposer des solutions. A la clôture officielle du projet le 17 décembre 1969, 701 cas restent sans explication certaine, probable ou possible, sur les 12 618 cas étudiés (on arrive là aux 90 %).

Critiques

La publication du rapport va faire l’objet de nombreuses critiques, internes ou externes. Parmi ces dernières, des articles de Robert M. L. Baker dans Scientific Research en avril, de Thorton Page dans l’American Journal of Physics en octobre, le Symposium de l’AAAS organisé en décembre à Boston (Massachussetts), William T. Powers dans Physics Today en juin 1970 ou encore l’article de Joachim P. Kuettner dans la revue de l’AIAA en novembre suivant.

Voici certaines des critiques formulées :

  • La sélection des cas étudiés dans le rapport est désastreuse. En effet, la commission n’étudie que 90 cas, dont beaucoup sont à l’évidence de mauvaises interprétations de phénomènes connus. Ainsi que le fait remarquer Joseph Hynek : Examiner des rapports qui résultent d’évidentes erreurs d’interprétation (pour quiconque a de l’expérience dans ce domaine) peut apporter peu à la connaissance scientifique. (…) Même une évaluation préliminaire des ces incidents aurait indiqué que les approfondir serait une perte de temps.
  • Certaines des enquêtes sont menées avec un manque de sérieux flagrant : des témoins ne sont même pas interrogés, la description de faits de base est déficiente, des omissions de détails importants sont faites, etc.
  • Le résumé préliminaire écrit par Condon, singulièrement tendancieux, contredit l’étude elle-même. Ce résumé, cité plus haut, prétend que 90 % des cas d’observations sont dus à des causes connues. En réalité, plus de 30 % des cas étudiés dans le rapport sont classés « non identifiés », et cela alors même que les cas n’ont pas été sélectionnés au début de l’étude pour rejeter les cas facilement explicables. Malheureusement, l’importance et l’aridité du rapport Condon expliquent que la plupart des lecteurs ne lisent que le résumé préliminaire tronqué de Condon.
  • Le mémo Bolender indique que les observations d’ovnis pouvant affecter la sécurité nationale ne sont pas dirigées vers Blue Book mais vers d’autres organes conformément aux directives.

Malgré ces critiques, l’USAF dissout le projet à la suite de la publication de ce rapport et ne s’occupera plus, officiellement, du problème ovni.

Archives détruites ?

Quelques temps plus tard, McDonald cherche à obtenir les archives des cas, stockées à la Bibliothèque Norlin de l’Université du Colorado. Il lui faut cependant l’autorisation de Condon, qui le renvoie vers l’USAF. Réussissant à obtenir une autorisation de l’USAF, McDonald se rend à la Bibliothèque Norlin et apprend que Condon est venu quelques jours plus tôt enlever toutes les archives.

Quelques temps après, Kuettner demande à Thayer d’écrire un article sur le cas de Lakenheath pour la revue de l’AIAA. Ce dernier demande à son tour la permission d’accéder aux archives à Condon, qui lui répond : Elles sont parties — J’ai brûlé ces maudites choses ! En apprenant cela, McDonald s’étrangle de rage. 5 ans plus tard, Thayer découvre que Condon mentait : il avait fait stocker le tout aux Archives de la Société Américaine de Philosophie à Philadelphie (Pennsylvanie), juste pour fruster McDonald, pensa ce dernier.

La suite ?

Des documents ayant circulé au FBI (une lettre-réponse datée du 12 septembre adressée à William S. Sessions, directeur du FBI de l’époque) semblent montrer que le projet a repris en 1989 sous une forme « civile », sous le nom de « New Projet Blue Book », au sein duquel des anciens membres du projet Blue Book, du Pentagone, et d’autres cherchent encore à trouver la véritable réponse au phénomène ovni.

Références :

  1. Un bugdet qui dépassera au final les 500 000 $ avec les extensions inévitables
  1. Denver Post, octobre 1966 < Fuller, J. G.: mai 1968
  2. Star-Gazette de Elmira (N.Y.) < Fuller 1968-05
  3. William S. Bickel < Fuller 1968-05
  4. Rocky Mountain News< Fuller, J. G.: 1968-05.
  5. Mavrakis/Olivier 1986

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