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Source : Karma one – © karmapolis

Partie 1 : Le dessous des cartes

Dans le monde ufologique, la question d’une possible origine humaine des OVNIS (ou de certains d’entre eux), de ces disques (ou triangles) volants aux performances incroyables a taraudé une partie assez marginale des enquêteurs et des spécialistes en ufologie, et à l’occasion, certains chercheurs et historiens en aéronautiques à l’esprit plus ouvert. Car il faut dire que le dossier est chaotique, complexe, rachitique en matière de preuves matérielles incontestables et qu’il a surtout des relents nauséabonds. C’est devenu -on le comprend aisément- un sujet « politiquement incorrect » parce que récupéré par la frange « ésotérico-scientifico-historique » de l’extrême droite. Pour certains enquêteurs, cette affaire d’Ovnis nazis ne serait qu’une grossière fabrication historique destinée à de bien sombres buts. Le mythe des Ovnis Nazis ferait vendre au grand public des millions d’exemplaires de livres plus ou moins bien ficelés, aux relents pro-nazi dont les bénéfices permettraient de financer la diffusion d’une littérature encore plus indigeste: le révisionnisme et la négation de l’holocauste. Tout ceci serait donc l’œuvre de faussaires plus ou moins doués. Malgré un malaise évident, malgré la certitude que certains des « auteurs » de ces articles et livres sur les Ovnis nazis flirtent avec l’extrême droite, il est ardu de départager les deux camps; celui des sceptiques et celui des croyants car l’un et l’autre n’amènent aucune preuve matérielle incontestable permettant d’emporter une fois pour toute le morceau. A notre sens, il ne suffit pas de dire qu’une chose a l’air absurde pour qu’elle le soit effectivement. Encore faut-il amener des éléments matériels solides. Nous ne pouvons également nous empêcher de penser que peut-être, tout ne mérite pas d’être jeté dans les poubelles de l’histoire sous prétexte de dérapages idéologiques fumeux qui pourraient se révéler être la meilleure couverture possible contre les esprits trop fouineurs.

Ovnis nazis : croyants versus sceptiques

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un mot d’abord sur la disponibilité des informations sur le sujet des Ovnis nazis. Autant dire que la recherche d’informations de « première main » est très difficile voire impossible et c’est sans doute le sujet ufologique le plus rétif à l’analyse et qui nous a donné très curieusement le plus de difficultés. Certes, sur le Web, si vous tapez « Ovnis nazis » ou « Nazi Ufo » dans un moteur de recherche, vous trouverez pléthore de sites et d’informations mais qui sont presque tous du même tonneau, à savoir une approche conspirationniste du problème dans le registre « fantastique » et sans références précises, sans grand recul ni discernement. Ce qui est étrange, c’est que la majorité des personnes « croyantes » qui ont écrit sur le sujet ont toutes adopté un même canevas, se copiant et se créditant les unes les autres à propos d’une même présentation de l’affaire que l’on sait pourtant être douteuse. Douteuse parce que les témoignages des très rares protagonistes de cette époque sont quasi inexistants ou d’origine très contestée. Des propos et des histoires sur le mode du « c’est à prendre ou à laisser », des anecdotes qui nous contraignent soit à un acte de foi aveugle, soit à un rejet prudent, cynique et parfois tout aussi aveugle. Tous le savent et pourtant, ces auteurs continuent à présenter certains faits tout à fait invérifiables comme étant d’incontournables vérités historiques (l’existence des Vrils, des Haunebu, les vols d’essai de certains prototypes et leur performance supposée, la biographie de certains des inventeurs nazis, les bases nazies en Antarctique etc.). Lorsque l’on tente de rentrer en contact avec ces auteurs croyants et enthousiastes, ils se montrent aussi intarissables qu’aimables. Comme par exemple Peter Moon , alias Vince Barbarik de la bande du Montauk Project, d’une part absolument affable, serviable et passionné et croyant totalement en son propos ; d’autre part décrié, critiqué et dont l’honnêteté et la véracité des enquêtes ont été mises en doute à de nombreuses reprises. L’homme est entre autre chose l’auteur d’un livre « The Black Sun » (éditions Sky Books) traitant du nazisme sur un mode ésotérique et occulte mais aussi des relations des idéologues du 3ième Reich avec une secte tibétaine, avec des sociétés secrètes avec en toile de fond l’usage de technologies exotiques, notamment les soucoupes volantes. Il nous a accordé un entretien téléphonique sans aucune réticence.

Par contre, les détracteurs et les sceptiques sont très curieusement soit très réticents à répondre à nos questions, soit font carrément mine de vous ignorer pour des raisons qui m’échappent à ce jour. Comme par exemple, le chercheur hollandais Théo Paijmans , auteur d’une enquête sur le sujet (surtout sur l’affaire Vril) et apparemment unanimement appréciée par le « clan » des sceptiques et à qui j’ai envoyé de nombreuses demandes d’interviews, me recommandant de personnes qui lui sont proches. Le mystérieux hollandais terre à terre ne nous a même pas envoyé un accusé de réception ou un simple refus… Peut-être, en guise d’explication partielle à cette apparente mauvaise volonté, je vous renvoie aux propos de Kevin Mc Lure , un sceptique assez consciencieux qui a la vision la plus pénétrante de l’affaire en affirmant que ce domaine de l’ufologie est très chaud et qu’il est très inconfortable, voir périlleux de se trouver dans le camp des sceptiques. L’attitude très frileuse de Nick Cook par exemple quant à ma demande d’interview est sans doute également très révélatrice. Pour rappel, Nick Cook est un consultant très apprécié en aérospatiale et en aéronautique pour la vénérable et très sérieuse institution qu’est le « Jane’s Defence Weekly », média on ne peut plus respecté en matière d’aérospatial, de renseignements, de défense nationale, de sécurité et d’armements. Après un premier échange très civil de courriels, Nick Cook, que j’avais mis au courant de mes intentions de parler des Ovnis nazis, du conspirationnisme version « lunatic fringe » incarné par des gens comme Icke , van Helsing , Branton etc… et du fait qu’une frange très particulière l’extrême droite (spécialisée en littérature révisionniste du genre Ernst Zündel ) se délecte du sujet, Nick Cook donc s’est subitement ravisé pour m’affirmer : «  Comme vous le savez de par mon livre, je me suis expliqué très longuement à propos des affirmations folles émanant des gens que vous mentionnez dans vos questions (van Helsing, Icke etc…) et par conséquent, je suis en quelque sorte très peu enclin à me voir impliqué dans ce débat même si je peux voir que votre article sera rédigé pour toutes les bonnes raisons… J’espère donc que vous allez me pardonner de décliner de répondre à votre demande d’interview à cette occasion ». Signe incontestable d’un malaise et sans doute d’un ras-le-bol du seul « consultant » professionnel en aérospatial qui se soit exprimé sur le sujet dans son livre « the Hunt for Zero Point », ouvrage qui a été très critiqué aussi bien par les sceptiques sans doute déçus de la position et les conclusions de Cook que par les « croyants » qui ne retrouvaient pas dans l’ouvrage les histoires relatives aux Vril , Haunebu et aux bases nazies en Antarctique.

Fantasmes douteux

Depuis que des indices ont été rassemblés avec plus ou moins de rigueur par certains chercheurs pour asseoir l’hypothèse selon laquelle les Nazis, plus particulièrement un cartel militaro-industriel très organisé et compartimenté mis en place par la SS aurait développé des programmes de recherches dans le domaine des disques volants et de toute une série d’armes exotiques, on constate que la couverture « médiatique » de ce sujet sent subitement le souffre. Et ce, de façon tout à fait compréhensible puisque de nombreuses histoires aux allures rocambolesques, ésotériques et bien sombres ont été récupérées et sans doute brodées par l’extrême droite conspirationniste afin de conférer à Hitler et à son ordre noir une aura de magie et d’invincibilité, une sorte de légitimité quasi divine et un parfum d’éternité. Grâce à la perpétuation de certains mythes (une réalité pour certains!) comme celui de la fuite d’Hitler en Antarctique vers un nouvel Eden abritant les secrets de l’invulnérable race Aryenne alliée à une civilisation intra terrestre très en avance sur nous, pauvres terriens mortels, on réactualise l’idéologie et la science nazie. Ou par exemple encore, l’hypothèse de la terre creuse, une vision typiquement germanique de la cosmogonie, installant une sorte de paradis sur terre ou plutôt à l’intérieur de la terre, le centre de la planète étant constitué par un cœur en fusion qui fait office de soleil et les continents intérieurs étant « collés » sur la surface interne, concave de notre bonne vieille croûte terrestre. Les tenants contemporains de cette thèse affirment que les photos satellites des pôles sont en fait maquillées afin de ne pas révéler au grand public l’existence de trous, de véritables gouffres permettant de passer de la surface extérieure de la terre vers ce mystérieux monde intérieur. Et pour mieux nous faire avaler cette histoire, on nous parle d’anomalies climatiques aux Pôles, de découvertes d’éléments de faunes et de flores que l’on ne trouve pas sous ces latitudes mais plutôt sous des climats tempérés ou encore d’observation d’animaux fabuleux aujourd’hui disparus comme les mammouths. Des tas de choses invérifiables qui sont en totale contradiction avec les récits et observations des très nombreux explorateurs, randonneurs, skippers, fanatiques de traîneaux tirés des attelages de chiens etc. A moins qu’ils ne fassent eux aussi partie d’une conspiration. Mais bon, le problème n’est pas tellement que ces thèses existent, – après tout, pourquoi pas (voir à ce sujet la mystérieuse expédition de l’Amiral Byrd en 1947 dont on peut trouver des traces fugaces à la bibliothèque du Congrès US mais dont le but a été interprété par certains et l’histoire, réécrite sans preuves!) – mais bien qu’on nous les assène comme des faits, des évidences en nous affirmant que les preuves innombrables existent mais qu’elles ne sont pas vraiment disponibles pour deux raisons: d’abord parce que personne (sauf des milieux très autorisés) n’y croit (et donc, qu’on ne financera jamais des recherches officielles) et qu’ensuite, le gouvernement américain ainsi que ceux de certaines autres nations ayant autorité sur des parties de l’Antarctique et de l’Arctique se seraient arrangés pour occulter ou censurer lesdites preuves. Et puis surtout, le plus gênant est que cette thèse n’est que le prolongement des recherches menées par des gens comme Hans Horbiger et ses disciples, un véritable exalté raciste et colérique qui a enflammé l’imagination de Hitler et de certains de ses proches et qui aurait par la suite orienté toute la recherche scientifique nazie. Et dans l’esprit de Horbiger, créateur de la stupéfiante théorie de la glace éternelle (théorie sur les cycles climatiques de la terre et de l’influence de la lune), la terre ainsi que toutes les autres planètes ne peuvent qu’être creuses. Pour Horbiger et consort, la terre est une sorte de dynamo qui agit en interaction avec d’autres dynamo, les sociétés humaines pour autant qu’elles soient correctement dirigées et composées de races pures aryennes. Il convient de savoir profiter des cycles de la terre, cycles qui favoriseraient la croissance des civilisations vers la grandeur dans tous les sens du terme (à cause de la gravité et de l’influence de l’attraction entre lune et terre qui auraient permis la création de races de géants). On a vu où ce genre de théorie pouvait mener. Et surtout, on voit très précisément que la résurrection de ces thèses -qui méritent certes d’être examinées mais sans adjonction idéologique ou ésotérique- profite à certains groupements idéologiques ou sectaires et permet de perpétuer au cœur du public l’image d’un Reich magique et éternel. Dans le même ordre d’idées, les disques volants nazis et la façon dont ils ont été présentés sur le Web et dans certains ouvrages prolongent également cette idée pernicieuse d’une supériorité magique, quasi de droit divin ou de droit extraterrestre dont les nazis seraient les héritiers. Un parfum douteux qui fait fuir tous les ufologues raisonnables et qui, dans l’hypothèse d’une dissimulation, se révèle être un merveilleux repoussoir.

Ovnis nazis et révisionnisme historique

Pour les gens du Fortean Magazine – un groupe de recherche assez pointu et incisif en paranormal que l’on trouve sur le Web-, l’affaire des Ovnis construit par la SS n’est qu’une vaste blague (ils ne sont pas les seuls à penser cela), une fraude grossière qui s’est développée chronologiquement en 3 phases temporelles successives et dont le but principal était double: atteindre le grand public avec un sujet qui rendrait les nazis « attirants », ce qui permettrait de faire passer l’air de ne pas y toucher certaines idées qui, dans un autre contexte seraient totalement « invendables », des idées révisionnistes à propos d’une supériorité scientifique, technologique, quasi magique du nazisme, des SS et du 3ième Reich. Pour illustrer ce fait, un des chercheurs du Fortean a repris les propos proférés par le très prolifique et actif Ernst Zündel , l’un de ces auteurs qui a pondu quantité de textes sur les disques nazis, qui possède son propre site Internet (The Zundelsite), son organisation (Samisdat Antarctik Expedition) et qui se serait exprimé tant à la radio que dans ses publications en ces termes:  » Je réalise que j’ai découvert un outil médiatique extrêmement puissant avec ce sujet (ndr: les soucoupes nazies) qui pouvait m’amener à apparaître à de multiples reprises dans des shows télé et radio afin d’exposer à de larges audiences d’autres sujets plus « politiquement incorrects »…J’ai ainsi pu glisser de plus en plus d’allusions sur le « révisionnisme historique »…. J’ai aussi parlé des procédures de désinfection utilisées pour protéger les travailleurs de valeur employés dans les usines de Dora-Mittelwerke qui fabriquaient les fusées… J’ai pu faire mention des installations médicales dans les camps de concentration, le nombre de calories dans les repas servis aux détenus etc…Mes livres sur les Ovnis eux-mêmes comportent de nombreux messages très importants politiquement mais qui dans un autre contexte seraient impossibles à exprimer comme le programme du parti national-socialiste, les analyses de Hitler sur la question juive… Avec toute cela, j’ai pu amasser un bon paquet d’argent! L’argent que j’ai récolté grâce aux livres sur les Ovnis, je l’ai réinvesti dans la publication d’opuscules sur « le mensonge d’Auschwitz », le petit livre du Dr Austin App sur « l’escroquerie des 6 millions de morts et un regard honnête sur le 3ième Reich » et aussi, plus tard, dans un autre livre écrit par Richard Harwood : « est-ce 6 millions (de juifs) sont-ils vraiment morts.(« Did 6 million really dies »).?. « . Voilà des phrases qui, si elles ont été vraiment proférées par Zündel, ont le triste mérite d’être directes et qui nous en apprennent beaucoup sur les intentions du personnage: lorsque la construction d’un mythe ufologique sert à financer la propagation d’un autre mythe, une vicieuse campagne révisionniste bien épaisse et haineuse. Et comme dit l’auteur de l’article du Fortean:  » les fictions de Zündel à propos des Ovnis nazis ont pu financer la distribution du matériel révisionniste à travers le monde de façon tout à fait substantielle « . Et de conclure que Zündel doit être aussi peu crédible dans sa perception de l’holocauste et du 3ième Reich que dans sa vision du programme nazi en matière de disques volants. Voilà qui donne à réfléchir. Malheureusement, pour en revenir à l’analyse du chercheur du Fortean, le reste de son analyse critique sur les Ovnis nazis pèche par certains raccourcis un peu brutaux, une façon de dire par exemple que telle ou telle anecdote, telle ou telle affaire racontée par tel ou tel auteur sur les soucoupes nazies n’a tout simplement jamais existé, point final. Ce qui nous laisse sur notre faim. Comment le sait-il? Sur quel élément historique se base-t-il pour raconter, de façon abrupte que par exemple le Général Hans Kammler dont nous parlerons plus tard n’a jamais eu aucun rapport avec la construction de soucoupes volantes et de recherches sur l’antigravitation? Le simple argument qui consiste à dire que si ces recherches et ces projets d’armes « super » miracles des nazis avaient vraiment existé, les historiens les auraient repérées et cela se serait su, nous semble un peu court. Une sorte d’appel à un bon sens, à une logique qui ne mène pas bien loin. On pourrait dire la même chose de la critique acerbe que le Fortean fait du travail de Nick Cook , ce journaliste anglais, consultant pour le très respectable Jane’s Defence Weekly qui a consacré un livre sur l’antigravité et les recherches des nazis en la matière et sur lequel nous nous attarderons. La critique nous semble également brutale et peu argumentée également. Certes, Cook a pu se faire « balader » par l’un ou l’autre témoin aux intentions plus ou moins troubles, certes, il a peut-être un peu trop facilement accordé du crédit aux propos du fils de Victor Schauberger ou à ce chercheur polonais, Igor Witkowski (voir plus loin). Mais il n’y a pas que cela dans son livre. Car l’ouvrage de Cook est dense, réalisant un bon équilibre entre vécus et faits historiques et rapporte une vision subtile du problème. Mais nous y reviendrons.

Les Ovnis nazis entre argent et idéologie

Revenons à Zündel car le personnage mérite que l’on s’y attarde. Sous le nom de Christoph Friedrich , cet Allemand (né en 1939), commercial dans l’âme, établi au Canada (vers l’âge de 19 ans), a écrit nombre d’articles, de livres (« Ufos Nazi secret Weapon? », « The Cia-Kgb Cover-up », « The Antarctica Theory », The Last Battalion ») et a surtout réussi à mettre sur pied une véritable PME sur les OVNIS nazis. C’est lui qui par le biais de son « organisation » Samisdat a voulu récolter 2 millions de dollars pour financer une illusoire expédition en Antarctique dans le but de prouver « la théorie de la terre creuse » et la « recherche des bases de soucoupes volantes de Hitler ». Chaque participant , « chaque chercheur qui veut véritablement se vouer à l’Ufologie  » sera tenu de verser à l’organisation un minimum de 10.000 dollars pour participer ou posséder des parts dans l’expédition. Il était piquant de constater qu’au terme de la newsletter qui conviait les membres et amateurs du site de l’organisation à mettre la main au porte-monnaie, une menace de se faire tout bonnement virer du cercle des intimes y était clairement inscrite si l’on faisait pas chauffer sa carte de crédit:  » Tous ceux qui ne répondraient pas à cette lettre ou qui n’achèteraient aucun livre et objet « Samisdat » seront éliminés de notre mailing list. Nous sommes désolés qu’une telle politique soit nécessaire mais il le faut si nous voulons demeurer une organisation active, dynamique et de premier plan dans ce domaine de recherches multi-facettes… Les exclus ne connaîtront donc pas la vérité et ce que nous découvrirons au cours de notre future expédition… « . Et Zundel alias Friedrich de conclure qu’il conservait « toute sa sincère gratitude aux seuls supporters de Samisdat qui ont su montrer de la loyauté, de la fidélité et de la diligence.. .  » . On croit rêver avec cette « fidélité au chef ». Mais il faut croire qu’il n’y a que les grosses ficelles marketing teintées d’un brin de menace qui portent ses fruits. On le comprendra, Zundel défend la thèse que la plupart des Ovnis, si pas la totalité sont d’origine humaine, très vraisemblablement construits ou inspirés par le génie des nazis. Pour lui , « les charlatans des soucoupes volantes ont tenté pendant plus de 30 années de dissimuler la vérité derrière des fantasmes et des contes de fée à propos de petits hommes verts « . C’est donc l’un des sens qu’il donne à ce qu’il désigne comme une conspiration ufologique. Et outre son intérêt marqué pour le révisionnisme historique, il diffuse et inspire sans doute le plus de textes ces dernières années sur les bases nazies en Antarctique et sur la théorie de la terre creuse. Il se présente enfin comme ayant été le  » seul prisonnier d’opinion au Canada  » puisqu’il a connu certains démêlés judiciaires avec les autorités canadiennes pour infraction aux lois relatives à l’émigration mais aussi et surtout pour avoir publié et distribué de la littérature révisionniste comme le fameux « Did Six Million Really Die? » et fut condamné au début des années 80 à une peine de 15 mois de prison en première instance pour obtenir dans le cadre d’un autre procès en 1993 devant la Cour Suprême du Canada, l’équivalent belge ou français de la Cour de Cassation la reconnaissance d’une violation de sa liberté d’expression. Diverses organisations anti-racistes canadiennes ont poursuivi Zündel afin qu’il ait à répondre de ses actes par rapport aux lois réprimant l’incitation à la haine raciale et afin qu’il arrête de publier du matériel révisionniste. Ce judéophobe convaincu (il n’est pas le seul, nous le verrons !) estime bien entendu que les ennuis qu’il a connu et qu’il connaît ces derniers temps (pour infraction à l’émigration) proviennent du fait que les gouvernements et autres lobbies veulent le faire taire car il veut révéler « la vérité sur les Ovnis ».

Côté francophone, dans le même registre, on peut citer le cas plus anecdotique de Jean-Claude Monet , alias Karl Thor, qui se présente lui-même comme l’héritier d’Hitler. A partir de 1961, l’intéressé va fonder toute une série d’associations hétéroclites, sortes de groupements hybrides politico-ésotérique: le parti national-socialiste ouvrier français (mouvement néo-nazi), l’organisation des Vikings de France, le Parti prolétarien national socialiste et enfin, l’U Xul Klub, qui se présente comme une émanation de la Golden Dawn. Monet affirme être « commandant des Forces spatiales extraterrestres » et se confère le titre de grand pacificateur du monde. Son groupe le U-Xul Klub comptait à la fin des années 90 une cinquantaine de membres selon Renaud Marhic de la revue Phenomena et s’apparente plus aux activités d’une secte que d’un parti ou d’une milice nationale-socialiste même si, dans ce cas de figure, les différences entre les deux formes d’organisation sont peu signifiantes et opérantes. Repéré par la commission parlementaire anti-secte française, les adeptes de Monet se sont regroupés sous l’appellation du club des « surhommes », vénèrent la mythologie des Ovnis nazis et considèrent les vaisseaux Vrils comme « l’arme absolue ». Certes, ce phénomène est marginal mais il dénote sans ambiguïté l’idéologie qui environne bien souvent le thème des Ovnis nazis et la façon dont l’affaire est récupérée. Monet avait prédit l’apocalypse pour juillet 1999.

« Pas des nazis d’opérette »

Peter Moon , bien que faisant partie de la frange des « croyants » en l’existence de disques volants type Vril ou Haunebu confirme qu’à son avis et au fil de son expérience de « conspirationniste », une partie non négligeable de l’Ufologie et du conspirationnisme a été infiltrée et récupérée par l’extrême droite. Il nous a déclaré dans l’entretien qu’il nous a accordé : «  A mon sens, tout cela (le fait que l’on parle de plus en plus des soucoupes nazies) ne relève pas du hasard, c’est une chose volontaire, préméditée par des gens qui manipulent tout cela… Il y a de toute évidence une connexion, ce que les gens ont une étrange tendance à ignorer ou à nier. Mais connexion, il y a. J’ai écrit là-dessus de nombreuses fois. ». Moon croit donc en une sorte de conspiration nazie, pas une conspiration d’opérette menée par quelques néonazis, miliciens adeptes de la survie, skinheads et nostalgiques du régime hitlérien mais bien à un plan d’ensemble (dont l’affaire des Ovnis n’est qu’une petite facette) qui a démarré en ce qui concerne les Etats-Unis avec l’opération Paperclip par l’infiltration et la main mise d’anciens de la SS, de la Gestapo et du SD (renseignement de la SS) sur la CIA et les diverses agences de renseignements dans leur lutte contre le communisme. Un groupe de gens «  farouchement antisémites, une sorte de société secrète », précise encore Moon «  que j’ai appelée « Bon » ( à la base, les « Bon » se révèlent être une secte religieuse tibétaine) dans mon livre « the Black Sun », des gens qui ont entretenu un rapport certain par exemple avec l’islamisme radical et le 11 septembre… ». Il ajoute : «  J’ai rencontré deux personnes qui ont participé à une réunion des « Bon » à New York. A la suite de cette réunion, ils savaient que quelque chose de grave allait se passer à New York et ils ont quitté la ville et le pays avant le 11 septembre, un mois avant je crois. Ils ont prédit ce qui allait arriver. Ils font partie donc d’un groupe composé de vrais antisémites qui dispose de connexions industrielles avec des technologies secrètes … Le dénominateur commun entre la CIA et les arabes,  ce sont les nazis… Une sorte de 5 ième colonne d’individus affiliés aux nazis. Mais c’est une autre histoire, nous sortons du sujet .». Poursuivant sur cette même thématique, Moon illustre encore son propos avec l’affaire Adamski (note : un des plus célèbres « contactés » des années 50 qui aurait été visité par des extraterrestres): «  vous savez, le témoignage d’Adamski n’est pas innocent. Les gens qui ont soutenu Adamski étaient en relation avec des nazis ou bien c’étaient des néonazis. Avec en toile de fond, cette idée que les extraterrestres étaient des individus de grande taille, blonds avec des yeux bleus, s’exprimant avec un accent allemand. Les nazis croient en ce qu’ils croient quelles qu’en soient les obscures raisons mais ils représentent ou soutiennent tout ce qui entoure cette technologie Ovni. J’ignore pourquoi c’est ainsi mais c’est ainsi ! » Et de conclure sur le scepticisme qui entoure l’affaire : «  écoutez, si c’était une vaste blague, une manipulation, il n’y aurait pas eu tant de livres et d’articles parfois rédigés par des gens faisant partie du « mainstream journalism » reconnaissant que les nazis avaient mis au point avec un certain succès des programmes de recherche en la matière et qu’ils se sont tous recyclés dans l’industrie et les technologies de pointe ».

D’étranges conspirationnistes et leur regard ambigu sur le nazisme!

Malheureusement, des gens comme Ernst Zündel, Jean-Claude Monet, le pseudo Dr Frank Stranges (auteur d’un livre sur les « Ovnis et bases secrètes » publié en 1982), Jan van Helsing , David Icke etc. s’ils ont popularisé auprès d’un public de plus en plus large l’idée selon laquelle les nazis étaient les premiers à avoir réussi à faire voler des soucoupes, ont causé un certain tort à la recherche en ces domaines, d’une part pour certains à cause de leur lien avéré avec l’extrême droite, d’autre part pour d’autres, à cause de la façon dont ils ont présenté le fruit de leurs « découvertes », de leur raccourcis, de leur imprécisions historiques et du manque de sources. On peut donc leur reprocher de ne pas avoir été jusqu’au bout de leurs investigations, de ne pas avoir été « sur le terrain » pour interroger certains témoins ou ne fut-ce que valider leur existence, bref de ne pas avoir approfondi leur méthode et de ne pas avoir sourcé la plupart des quelques documents (surtout iconographiques) dont ils se servent pour accréditer leur thèse et donc de ne pas les avoir soumis à une critique historique. Exemple: le livre de Jan van Helsing sur « les sociétés secrètes et leur pouvoir au 20ième siècle », réimprimé toujours par les Editions Felix sous le titre du « Livre Jaune n°5 », collectif d’auteurs. Van Helsing, de son vrai nom Jan Udo Holey , mystérieux personnage que l’on dit tantôt être de nationalité autrichienne, tantôt suisse, hollandaise tantôt allemande publiait donc en 1997, dans cet ouvrage qui a fait beaucoup de barouf des photos en noir et blanc de vaisseaux Vril et Haunebu, des noms des prototypes de ces soit-disantes soucoupes volantes nazies et reproduisait des sortes de fac-simile de plans de coupe généraux desdits engins en forme de disques, plans affublés du sceau « Geheim- top secret » de la SS. Pas un mot sur l’origine de ces documents bizarres et qui se révèlent en fin de compte les seuls indices matériels indiquant que ces recherches nazies ont bel et bien eu lieu et ont débouché sur quelque chose de concret, à savoir la construction de modèles opérationnels qui pouvaient évoluer à des vitesses de plusieurs milliers de kilomètres par heure (comme la série des Vrils dont le Vril 1 de 11 m de diamètre qui aurait fait son premier vol en 1942). On était en droit de se demander où van Helsing avait dégotté ces plans, schémas et documents photos. Dans les archives secrètes de l’armée allemande et capturées par les alliés (USA, France, UK ou URRS?), dans d’autres fonds d’archives privés de groupes industriels qui auraient participé à ces recherches comme BMW, Skoda, Krupp, Porsche ou Messerschmitt ou encore grâce à un informateur anonyme? Van Helsing ne dit pas un mot sur ses sources, il évoque non dans son propre livre mais incidemment dans un autre livre, celui de Peter Moon – the Black Sun (Sky Books), en français « le Soleil Noir » – de mystérieux contacts avec les membres de sociétés secrètes allemandes affiliées aux nazis et omet de dire que Renato Vesco et David Hatcher Childress publiaient par exemple en 1994 un ouvrage assez épais (ouvrage qui est une suite d’un autre livre de Vesco bien plus ancien « Intercept but… ») et enrichi par plusieurs rééditions (dont la dernière daterait de 1997) sur le sujet , livre intitulé « Man Made Ufos, 50 years of supression » (Adventures Unlimited Press Publishers), « des Ovnis construits par la main de l’homme, 50 ans de supression… », une brique de près de 400 pages lourdement fournies en iconographies et reprenant certaines de ces mêmes photos et mêmes plans des Vrils, Haunebu et autres « Schriever-Miethe Diskus » que ceux que l’on trouvait dans « Les sociétés secrètes au 20ième siècle. (remarque: curieusement, ces clichés ont presque complètement disparu dans le « Livre Jaune n°5 » qui n’est qu’une réédition « des sociétés secrètes… » mais amputée du nom de l’auteur). Dans le livre de Peter Moon qui reprend aussi certaines de ces illustrations, van Helsing affirme avoir préparé à la publication un second ouvrage entièrement consacré aux « soucoupes volantes Vril » comportant  » des centaines de photographies de Vril » mais qu’il en fut dissuadé par le comportement du gouvernement allemand qui avait fait interdire, son premier ouvrage , « les sociétés secrètes et leur pouvoir au 20Ième siècle » parce que selon van Helsing  » le gouvernement allemand considérait que le livre constituait un trouble à l’ordre public « . Ce que van Helsing ne dit pas, c’est qu’il avait inclus dans la première édition « des sociétés secrètes » des extraits du très contesté « Protocole des Sages de Sion », un texte qui a servi de texte fondateur et de « document » à charge pour tous les mouvements antisémites d’avant-guerre et largement repris aujourd’hui par l’extrême droite et les milices nationalistes nord-américaines. Le mystérieux « Allemand » ajoutait à Moon (qui affirme qu’il est Allemand) que « jamais son livre sur les Vril ne verrait le jour ». A la fin des années 90, lorsque la première édition française de l’ouvrage fut distribuée dans les librairies ésotériques, je me souviens que l’on disait qu’il fallait se dépêcher d’acheter un exemplaire car le livre avait été interdit à l’étranger. Un argument marketing imparable. Et il y eut de fait interdiction de diffusion en Allemagne et en Suisse (en 1998, selon un rapport du 1ier trimestre de la Commission fédérale helvétique contre le racisme) où le livre fut retiré de la vente à la suite de procès entamés pour « infraction à la loi contre le racisme » (réf: WoZ 22/01/1998; Bund 22/01/98), antisémitisme et incitation à la haine raciale, justement à cause de l’insertion d’extraits des protocoles des Sages de Sion. Pour la petite et la grande histoire (nous sortons du sujet Ovnis), sachez qu’au cours de ces dernières années, la polémique a refait surface autour de l’authenticité présumée de ces fameux protocoles qui attesteraient de l’existence d’un infâme complot « mondial » orchestré par une bande de rabbins exaltés et psychopathes. Une très bonne enquête réalisée par un historien russe a permis d’identifier l’auteur réel des protocoles qui serait le fils d’un aristocrate russe, avocat radié du barreau -Mathieu Golovinski – qui serait le faussaire qui a forgé de toute pièce ce brûlot au début du 20ième siècle à Paris. Mais il s’agit d’une autre histoire.

Mais qui est donc van Helsing ?

A ma grande surprise, il s’est avéré difficile d’obtenir des informations fiables et crédibles en français ou en anglais sur ce Jan van Helsing, personnage donc très populaire dans certains milieux New Age en France et en Belgique, sans doute à cause de la traduction française de son livre sur les sociétés secrètes. Au fil des sites et des moteurs de recherche, on trouve surtout des éléments d’informations relatives à son livre, à certaines de ses « théories » et aussi à ses démêlés judiciaires que nous venons d’évoquer. Mais rien sur son identité réelle – Jan Udo Aley- paraît-il ou son pays d’origine, l’Allemagne. Il semble que les sites en langue allemande sont plus bavards sur le gaillard mais j’avoue une faiblesse énorme en ce sabir germanique et personne n’était là pour m’aider. Finalement, c’est par le biais de Peter Moon que nous en saurons plus. Et nous lui accordons une certaine crédibilité sur le sujet puisque Moon a rencontré l’intéressé, a conclu des liens d’éditions avec lui, l’apprécie tout en déplorant «  certains excès » du personnage. On ne peut donc pas soupçonner Moon de trop en rajouter. Tout d’abord, dans son livre « the Black Sun », Moon décrit van Helsing comme un jeune type, un ancien agité de la scène Punk Rock allemande qui a abandonné l’alcool, la drogue et le Rock suite à une sorte de brutal épiphanie, une révélation sur ses capacités médiumniques grâce à un skinhead rencontré par hasard. Van Helsing se serait étonné de voir qu’un skinhead était capable de faire preuve de sensibilité. Moon poursuit le récit en affirmant que le jeune ex punk tombe alors dans un coma d’une semaine et demi au cours duquel il subit des sorties astrales, des décorporations qui lui révèlent ses talents de médium, des visions diverses du genre « pyramides », divinités diverses et l’aperçu d’un certain avenir. C’est alors que l’intéressé aurait décidé d’entreprendre des études sur l’ésotérisme, l’occultisme et les sociétés secrètes. Voilà pour la « légende ». Moon affirme en outre avoir rencontré van Helsing en 1994 en escale à Newark alors que l’Allemand volant se rend à Hawaï. Van Helsing veut profiter de son arrêt sur le continent nord-américain pour y rencontrer Bill Cooper (« Behold a Pale Horse ») et Brad Steiger …, s’amourache de la secrétaire de Cooper et tout ce petit monde, en ce compris Moon et Al Bielek (l’associé et ami de Peter Moon) se retrouvent à une conférence ufologique en Arizona. Cette rencontre a débouché sur la traduction et la publication en langue allemande du livre de Moon sur le projet Montauk . Et Moon de préciser dans la conversation téléphonique que nous avons eu avec lui «  qu’à cet égard, van Helsing est vraiment un type honnête. C’est rare dans ce milieu, il a toujours été très scrupuleux pour nous reverser l’argent que nous avions gagné avec la publication de la traduction de notre livre en langue allemande ». Un petit peu sur ma faim, je veux en savoir plus et mes questions se bousculent : «  OK, c’est bien, mais qui est-il vraiment, van Helsing ? Est-il d’apparence normale, est-ce un exalté, est-il vrai qu’il entretiendrait des relations avec l’extrême droite autrichienne ? Ou bien ce sont des bobards ? ». Moon hésite un instant avant de répondre par cette anecdote : « Est-ce que vous savez pourquoi il a décidé de s’appeler van Helsing ? Est-ce que vous connaissez ce personnage dans la littérature, le chasseur de vampires ? Et bien, il se considère comme un chasseur de vampires et van Helsing veut chasser les vampires d’Allemagne, vampires qu’il estime être les juifs. En fait chasser les vampires du monde, plutôt du monde entier. Il en est vraiment persuadé. Vous comprenez ? Ce type est OK mais il a sérieux problème avec ça ». Après un moment de silence, le temps que j’avale l’histoire, Moon poursuit «  Vous connaissez l’une des raisons de son voyage à New York quand il est venu nous voir ? … Il nous a dit qu’il ne savait pas vraiment à quoi ressemblaient les juifs, qu’il n’y en avait plus en Allemagne et qu’il voulait se rendre compte sur place. Il nous disait qu’il n’avait en fait jamais vu de juifs et on a bien essayé de lui montrer que c’était des gens comme tout le monde, vivant leur quotidien mais bon, il restait dans son monde … ». J’embraie alors par cette remarque : « C’est donc un vrai antisémite , les accusations sont donc fondées ? ». «  Disons qu’il est excessif, … comme beaucoup de gens qui s’occupent de conspirations. Comme de nombreux conspirationnistes, on peut dire qu’il est trop polarisé sur cette histoire. Il est un peu jeune, inexpérimenté… Vous savez, au lieu d’attaquer les juifs ou qui que ce soit d’autres, et bien les gens qui commettent des crimes, il faut s’en occuper, il faut les poursuivre ». Si les propos de Moon sont exacts, les précautions, remarques prudentes par lesquelles van Helsing ou encore le « collectif d’auteurs » se défendent dans « le livre jaune » de vouloir s’en prendre spécifiquement à un groupe ou à un autre ou de jeter le blâme «  sur nos frères juifs qui sont manipulés » ne valent pas tripette. Et l’usage que van Helsing fait de l’ufologie et de l’hypothèse de l’existence de soucoupes volantes nazies doit vraiment être considéré avec la plus grande des méfiances. Car en lieu et place d’une louable curiosité sur une possible aventure technologique et historique, nous avons face à nous une grossière manipulation idéologique.

Partie 2 : Vers une nouvelle religion ?

Ovnis nazis sur le Web

 

Photo couleur d'origine inconnue, exemple type d'un faux pour les sceptiques

La plupart de ces soit-disants chercheurs qui font donc connaître leur théorie sur le web navigueraient en fait dans une sorte d’autarcie intellectuelle, de représentation illusoire du monde, selon Joseph Altairac, chercheur français qui semble jouir d’une réputation de probité certaine et qui a consacré une longue étude sur le sujet des Vrils (« Un mythe technologique: la légende du V7 » paru dans « Scientifictions n°1 vol 2 Encrage 1997 »). Il nous déclare à ce sujet dans un échange de courriel : «  Le net est un formidable outil d’investigation mais aussi un piège sournois. Il y a désormais des malheureux qui mènent leur recherche en consultant seulement le net, ce qui fait qu’ils vivent dans une sorte d’univers parallèle dans lequel les théories les plus délirantes donnent l’impression d’avoir une certaine valeur sous prétexte qu’elles apparaissent sur l’écran de leur ordinateur! « . C’est sans doute par ce processus que tout un corpus de pseudo faits historiques se colporte de site en site, se croisant, se référençant les uns et les autres et donnant donc l’impression que chaque information sur les Ovnis nazis est sourcée. Mais ce n’est qu’une impression. D’ailleurs, Maurizio Verga, ufologue Italien qui s’est penché sur l’affaire des ovnis nazis et des armes miracles allemandes depuis bientôt 22 ans a réussi à se constituer l’une des plus importantes collections de clichés sur la question des ovnis nazis, collection que l’on peut se procurer exclusivement sur le web en consultant son site naziufos.com, un site, je le précise, à caractère lucratif. A première vue, le site semble accorder du crédit à l’existence des ovnis nazis. A première vue seulement car l’opinion de Maurizio Verga sur le sujet est plus que prudente et l’on doit l’aspect « attractif » et professionnel du site sans doute à la fascination intriguée qu’éprouve notre ufologue transalpin pour le sujet. Voilà ce qu’il nous en dit : «  Je n’ai jamais découvert une seule photo d’ovnis nazis vraiment convaincante. Certaines ne sont que d’évidentes maquettes aux contours un peu flous d’Ovnis posés à terre à côté d’un camion et de mannequins. D’autres sont totalement ridicules, spécialement celle équipée en dessous par une tourelle de char Tigre ( sur laquelle on a collé bizarrement des canons très minces)…. En fait, la plupart des photos d’Ovnis nazis sont d’origine hautement douteuse et une bonne partie sont carrément des faux. Elles ont commencé à apparaître dans les années 80 avec la publication d’articles excessifs et d’affirmations provenant d’auteurs allemands ou autrichiens. Je suppose que les photos étaient alors des sortes de preuves visuelles destinées à corroborer leurs affirmations et à les rendre crédibles. Van Helsing et les autres ont alors utilisé ces photos pour leurs propres livres et pour autant que je le sache, ces photos ne viennent pas d’eux directement. » Maurizio Verga tient toutefois à préciser que «  ces photos et les propos qui les illustrent n’ont aucun rapport avec la « première vague » d’histoires sur les Ovnis allemands datant des années 50. A cette époque, il n’y avait qu’un seul film qui montrait des photos (en 1952) qui n’ont rien à voir avec ces autres photos dont je parle plus haut ». Maurizio conclut que le flou entourant l’origine de ces clichés est total, en quelque sorte volontaire : « Il n’y a aucune source spécifique qui soutiennent l’origine de ces photos et l’ensemble de ces clichés. Tous en fait ne créditent jamais une source DIRECTE, il est donc impossible de savoir d’où ces photos viennent. De tels clichés ont l’étrange manie de surgir du néant…. Quant à un document filmé, le seul film que j’ai vu est un documentaire italien de 30 minutes (incluant des interviews de Serrano et d’autres) où l’on voyait une soucoupe allemande arborant un emblème, une croix germanique qui semblait décoller d’une base souterraine à toute allure et très soudainement. La première fois que j’ai vu le film, je fus très impressionné mais plus tard, je découvris que cette même scène était extraite d’un autre film datant de 1950 de Mikel Conrad sur les soucoupes volantes. Pas mal hein ? ».

Etrange ufologue qu’est ce Maurizio Verga qui vend des photos auxquelles il ne croit pas mais qui demeure complètement fasciné (comme moi) par ce sujet diablement rebelle à toute conclusion. Car de là à conclure que les Allemands n’ont strictement rien inventé comme le font certain est un pas qu’il ne vaut mieux pas franchir. Verga est très clair à ce sujet : « Ils (les nazis) ont développé sur plans des idées et des projets très en avance sur leur époque. La plupart des développements dans l’arsenal militaire (et pas uniquement dans ce secteur) et la stratégie après la deuxième guerre mondiale sont des conséquences directes de leur travail même si celui-ci s’avérait bien souvent chaotique et bien trop riche en solutions exotiques, peu pratiques et désespérées ».

Haunebu ou Projet du Disque Omega basé sur l’effet Coanda

Construction d’un même mythe

Revenons à nos Ovnis nazis. Velasco et Childress , les auteurs du livre « Man Made Ufos » de même que Peter Moon sourcent pour leur part l’origine de ces illustrations. Ils affirment qu’elles seraient issues d’un autre ouvrage en Allemand celui-là, « Die Dunkle Seite Des Mondes-the Dark Side of the Moon » publié en 1996 par les éditions des livres Pandora Books. Un ouvrage étrange, bizaroïde qui s’avère assez rare sur lequel nous n’avons pas réussi à mettre la main. Les origines de ces photos et de ces plans restent donc mystérieuses comme les plans des prototypes que nous avons découvert dans une revue allemande – « Profile » – et dont nous parlerons plus loin. Bref, van Helsing ou Icke (dans « Le plus grand Secret » Tome 1 éditions Louise Courteau) ont tous deux parlé des Ovnis nazis, toujours de la même manière, en faisant état des mêmes histoires, d’une chronologie semblable mais sans présenter de façon « sourcée » des preuves matérielles ni où ils avaient trouvé leurs infos. On peut dire la même chose du livre de George Piccard « Liquid Conspiracy » publié également chez Adventure Unlimited Press. Bref, des ouvrages conspirationnistes qui ont utilisé cette même manière de présenter les disques nazis et ces mêmes photos sont innombrables et se copient les uns les autres, sans originalité. Même chose pour le document vidéo de Vladimir Terziski , « The Secrets of the Third Reich (évoqué par van Helsing dans le Livre Jaune n°5 mais aussi par Icke et édité par l’European Archive UFO,PO Box 129, 8600 Sneeks, Netherlands), vidéo qui regroupent des photos, séquences, plans et informations aux origines mystérieuses et imprécises.

Par la suite, l’affaire des disques volants nazis est devenue une sorte d’évidence incontournable, une sorte de passage obligé mais un peu embarrassant de l’histoire ufologique. De ce fait, tous ceux sur le Web qui ont voulu traiter du sujet des Vril présentaient les documents de van Helsing ou plutôt de Brad Harris ainsi qu’une autre série de photos en couleurs comme des évidences historiques (que l’on retrouve sur certains sites en langue allemande au contenu idéologiquement très marqué à droite). On nous affirme que ces documents sont authentiques, nous laissant donc aucun autre choix qu’une adhésion ou un rejet en bloc de son histoire.

Le saut créatif nazi en question

Attardons-nous encore un peu sur le cas van Helsing tant il est intéressant. Il justifie ce brutal « saut créatif » de la science nazie dans les années 30 et par conséquent, les progrès immenses de cette nation en matière d’armement grâce à l’existence de sociétés secrètes et ésotériques: la société VriI, celle de Thulé et celle des chevaliers noirs (descendant des templiers). Thulé s’avérait être le pendant matériel et politique des nazis et occultistes allemands tandis que Vril s’occupait surtout « de l’au delà » et des affaires occultes ou ésotériques, souligne van Helsing. Derrière Vril (anciennement la Loge Lumineuse ou Frères de la Lumière) créée en 1919, on retrouve la figure bien connue de Karl Haushoffer qui en serait le fondateur, affilié également à la fameuse Golden Dawn (l’aube dorée). Et autour de Haushoffer évolueront des gens comme le chef du gouvernement de Dantzig, un certain Rausching , ami d’Adolph Hitler, Rudolph Hess (qui fut le dauphin du Fürher, le plus mystique dans le cercle des proches de Hitler) et bien entendu Hans Horbiger. C’est dans ces cercles qu’auraient été édifiés les piliers mystico-racistes du nazisme qui ont inspiré l’idéologie et le mode de fonctionnement de la Waffen SS. Mais pour van Helsing, la société Vril aurait servi à d’autres choses: elle aurait permis à des médiums de rentrer en contact avec des entités extraterrestres d’Aldébaran (subdivisée en deux groupes: les maîtres qui sont des hommes-dieu Aryens et d’autre part, différentes races « humaines » inférieures extraterrestres). Ce seraient ces « hommes-dieu » qui auraient inspiré aux nazis et aux membres du Vril,  » l’idée la plus fantastique jamais conçue par l’homme: la construction de la machine vers l’au-delà! » Il n’aurait alors fallu que trois ans selon van Helsing pour que le premier projet soit mis en place et que le Dr W.O. Schumann , membre des sociétés Thulé et Vril expose à Munich devant la Faculté des Sciences les premiers principes de la propulsion par implosion (par opposition au moteur à explosion étant considéré comme satanique).

Selon la légende, une histoire par conséquent totalement fabriquée selon les sceptiques; en juin 1934, le premier Ovni nazi aurait vu le jour, un avion circulaire expérimental, le RFZ1 de la fabrique d’avions Arado doté d’abord d’une hélice puis d’une turbine et aussi d’un réacteur. Les autres modèles du RFZ2 au RFZ7 se succéderont jusqu’à la fin de la guerre. L’un des engins les plus au point était le Haunebu 2, opérationnel à la fin 1942 et d’un diamètre, suivant le modèle, allant de 26m à 32m, (de 9 à 11m de hauteur) pouvant se propulser à plus de 9000 km/h (à titre de comparaison, le record de vitesse en vol de l’avion américain SR71 datant de 1976 est de 3.529 km/h et le F44 Phantom est de 2585 km/h). Le nec plus ultra de l’affaire aurait été le Haunebu III de 71m de diamètre qui pouvait transporter paraît-il 32 personnes à une vitesse d’au moins 7000. Km/h avec une autonomie de vol de 8 semaines. Le premier Mothership en quelque sorte, construit pour des vols spatiaux interplanétaire (et dont la vitesse maxi répertoriée dans les archives de la SS serait de 40.000 km/h, nous précise van Helsing). L’engin en vol aurait été filmé du côté de la frontière tchèque.

James Urtak : entre CIA, Mind Control et « Nouvelle Egypte »

A l’instar de Peter Moon, van Helsing cite à la fin de son chapitre relatif aux Ovnis nazis l’intervention d’un très étrange personnage qui est censé apporter du crédit à l’ensemble des informations sur les disques volants de la SS, un certain James Hurtak qui mérite également que l’on s’y attarde. Ainsi, Moon et van Helsing précisent que James Hurtak aurait compulsé des documents authentiques de la CIA sur les armes miracles allemandes. Hurtak déclare donc avoir eu entre les mains des documents relatifs à l’existence des célèbres Foo Fighters, qui seraient en fait les Feuerballs, Kugelblitz et autres « tortues volantes », des sortes de drones qui se manifestaient sous la forme de boules de lumière très intense à proximité des bombardiers alliés afin de mettre à mal leur système électrique et de guidage (mais aussi à proximité des formations allemandes que ces engins escortaient). Hurtak parle aussi des plans détaillés pour la construction d’un projet de cité de l’espace près de Peenemünde. Il souligne enfin que  » l’aspect le plus important du troisième Reich est qu’ils ont en fait ouvert la porte vers d’autres mondes « , des commentaires que notre bizarre philosophe et linguiste américain aurait tenu dans le documentaire vidéo « les Secrets des Ovnis du 3ième Reich » (MGA/Austria/Royal Atlantis-Film GMBH). Hurtak va plus loin car, selon lui, dans cette affaire, l’armée américaine aurait créé de toutes pièces l’affaire de l’extraterrestre de Roswell pour servir d’écran de fumée et donc pour masquer l’existence de soucoupes volantes nazies ayant échappé au contrôle des alliés ou encore des prototypes nazis capturés par l’Air Force auprès des Allemands à la fin de la seconde guerre mondiale:  » une menace des extraterrestres pouvait servir d’écran de fumée pour le ministère de la défense afin de justifier certains essais mais aussi pour dissimuler au grand public la menace que pouvaient constituer des soucoupes volantes nazies de l’après-guerre « . Voilà une position très proche de celle empruntée par Zündel. Certes, il est raisonnable de spéculer que juste après la victoire inconditionnelle des alliés, la révélation de l’existence d’une sorte de 5ième ou 6ième colonne, de dernier cercle de fidèles nazis dotés d’armes quasi surnaturelles aurait fait mauvais genre auprès de l’opinion publique. Mais la première question qui nous vient à l’esprit est de savoir pourquoi ils ne se sont pas servi de ces fameuses armes miracles, ces Ovnis. Etonnante thèse donc de ces armes miracles récupérées en partie par les alliés que certains trouveront tirée par les cheveux et pourquoi pas, un imaginatif artifice de façon à camoufler l’existence d’une menace extraterrestre authentique. Quant à James Hurtak, il ne s’agit pas du premier venu. Il faut savoir que cet érudit, proche de la CIA et des expérimentations ésotériques de l’agence est présenté par les journalistes anglais Lynn Picknett et Clive Prince dans le livre « The Stargate Conspiracy » comme un drôle de numéro. Cela vous permettra de vous faire une idée sur les motifs de ses propos. Fondateur de l’Academy for Futur Sciences (une organisation qui entre autre chose développe une nouvelle égyptologie), titulaire de diplômes en études orientales, en histoire, en sciences sociales, en linguistique, en patristique (étude des doctrines des Pères de l’église), ce polyglotte passe également pour un «  consultant en technologies avancées basé dans la Silicon Valley « . Il publie par exemple une étude recommandant  » l’utilisation des radars aéroportés, des satellites aéroportés et des satellites radars  » pour l’archéologie. Dès les années 70, il se consacre à l’égyptologie, on pourrait même dire qu’il est l’un des pionniers qui tentera de créer une sorte de nouvelle égyptologie, une autre manière de lire et d’interpréter les vestiges de l’Egypte ancienne en faisant de la civilisation des Pharaons, une ère très sophistiquée et sans doute en relation avec des civilisations extraterrestres originaires des constellations d’Orion et de Dracon. Hurtak, sans faire partie du SRI (le Stanford Research Institute) est en excellent terme avec l’institution qui effectuera des recherches sur le plateau de Gizeh sur les variations du champ magnétique autour du Sphinx et de la Grande Pyramide. Il faut savoir que le SRI n’est pas un organisme de recherche comme les autres mais que ses principaux bailleurs de fonds sont le Pentagone (75% des recettes du SRI en 1993 par exemple) ou la Nasa. Le SRI a travaillé sur des projets comme le Remote Viewing, la vision à distance (la pierre philosophale de la parapsychologie) pour le Pentagone et la CIA dans le cadre des projets Grill flame, Star Gate ou Sun Streak. Certes, l’existence même de ses projets est mise en doute et ils sont considérés comme des opérations de désinformation (voir dans notre site, le chapitre relatif au « remote viewing » dans le dossier « Ederman »). Mais Hurtak évoluait autour des personnages de première envergure impliquées dans ces projets. La perception du journaliste Alex Constantine sur ces travaux et donc, quelque part sur les mobiles d’Hurtak est à tout le moins assez radicale et fait frissonner. Pour Constantine qui y voit la trace de l’opération MK Ultra,  » l’objectif de la vision à distance n’est pas tant de recueillir des informations sur des lieux éloignés que d’agir directement sur notre mental « . Pour lui,  » ces prétendues recherches ne sont que de la désinformation … car le Pentagone cherche en réalité à mettre au point des techniques de manipulation mentale »,… l’espionnage parapsychique n’étant qu’un prétexte….On est en droit d’imaginer que les services secrets essaient de mettre au point des techniques permettant d’influencer un individu qui se trouve physiquement hors d’atteinte  » (Alex Constantine in « Virtual Government » éditions Feral House et « Illicit Mind Control experimentation » Internet Ligthouse Report). Selon les auteurs Pycknett et Prince (cfr La Porte des étoiles/Stargate Conspiracy, éditions du Rocher »), Hurtak est à la fois lié à la CIA et  » un flamboyant représentant du New Age… Il se veut être le prophète d’une nouvelle religion. Non content de se tailler une position de choix dans les milieux New Age, Hurtak a attiré, par son enseignement et ses révélations, une foule d’adeptes, qui sont souvent des gens hauts placés, des millionnaires, des politiciens… Pour l’un de ses disciples, il s’agit d’un quasi messie « . Le livre de la porte des étoiles va beaucoup plus loin encore puisqu’il dénonce Hurtak comme faisant partie d’une conspiration très sophistiquée visant à mettre sur pied une nouvelle religion mondiale, une sorte de syncrétisme reprenant des idées de l’Egypte ancienne, du Bouddhisme (surtout avec le Bouddhisme tibétain avec lequel les nazis ont entretenu un lien singulier) et du Christianisme mais  » d’où l’Islam serait très curieusement absent  » (les musulmans incarneraient l’ennemi « satanique »), restant de ce fait en phase avec l’idéologie d’une certaine frange des services de renseignements américains.

Vers une nouvelle religion

Pourquoi est-il si important de signaler cet aspect de la personnalité de Hurtak? Pour deux raisons: tout d’abord pour montrer que si le gourou de Gizeh s’intéresse aux Ovnis nazis, c’est qu’il s’agit d’un sujet très lourd, symboliquement et stratégiquement chargé, important et donc pas du tout anodin, anecdotique ou marginal dans l’ufologie. Et qu’ensuite, ses déclarations ne doivent pas être prises au pied de la lettre mais sont plutôt le fruit des réflexions d’un homme passé maître dans les opérations d’informations et de désinformations. Enfin, j’ai présenté à un proche qui travaille pour un service de renseignement militaire le profil du personnage, son passé, sa formation présumée et ses déclarations. Et pour ce « spécialiste » en qualité d’informations, Hurtak représente un agent désinformant typique à destination du grand public . « Pour le grand public, l’homme de la rue, au plus c’est gros, au plus c’est invraisemblable, au mieux cela passe et au mieux la désinformation remplit son rôle essentiel: déstabiliser « . Si l’on examine de plus près les conséquences des propos de Hurtak, ceux-ci discréditent totalement l’accident de Roswell « version Extraterrestres » et « version Blue Book » (le fameux ballon sonde par exemple) et accréditent la thèse selon laquelle les nazis possèdent des soucoupes volantes opérationnelles, sont en Antarctique et sont donc en relation avec une science supérieure, héritage d’une civilisation ancienne également supérieure et intraterrestre. La résurrection d’une sorte de mythe de l’Atlantide en quelque sorte qui va conforter le propre système de croyance de Hurtak (sur lequel Peter Moon greffe le sien, voir « the Black Sun ») dans lequel des extraterrestres, des divinités diverses, l’Egypte et la planète Mars jouent des rôles déterminants. Il s’agirait des ferments d’une nouvelle religion, nous précisent les auteurs de « Stargate Conspiracy ». Ce n’est sans doute pas un hasard donc que Jan van Helsing ou encore Peter Moon brandissent Hurtak comme un spécialiste, un référent ultime et crédible pour asseoir leur thèse. Par ailleurs, Peter Moon, dans son livre « The Black Sun » établit une cosmogonie qui rentre très bien en résonance avec la vision du monde de Hurtak tout en s’attardant sur d’autres aspects. Dans le système de Moon, les nazis se sont en quelque sorte imposés comme des vecteurs de force incontournables car ils auraient compris les enjeux véritables des pouvoirs qui se manifestent dans notre univers, des pouvoirs qui passent par le Tibet, la religion des Bon et le Kalachakra, l’importance du symbole des pyramides que l’on retrouverait aussi bien dans l’Egypte ancienne qu’en Amérique du sud ou en Asie (pyramide de Shensi en Chine par exemple), le rôle fondamental joué par l’Arche de l’Alliance. Bref, Moon établit à son tour un syncrétisme religieux qui ne peut que ravir Hurtak et qui inclut les Nazis (Moon montre sa fascination mais ne les approuve pas tandis que van Helsing ne se démarque pas vraiment.). Van Helsing, malgré sa notoriété, affirme être en danger parce qu’il en sait trop et surtout, parce qu’il se serait exprimé en révélant au grand jour des vérités gênantes qui lui vaudraient l’inimitié des gouvernements et des grands de ce monde. L’homme entretient donc le mystère, ce qui a un effet marketing évident sur son image de marque. Mais par contre, il ne s’exprime jamais sur le fait que ses ouvrages ont été condamnés dans certains pays à cause de l’emploi qu’il a fait des Protococles en considérant de facto qu’il s’agissait de pièces authentiques. Tout comme pour David Icke, le plus gênant n’est pas tellement que les thèses de van Helsing soient reprises par des groupements d’extrême droite, après tout , il n’en peut rien, mais plutôt qu’il soit soupçonné très sérieusement d’avoir entretenu des relations avec des groupements autrichiens de l’ultra droite. Et qu’il n’ait rien fait pour mettre un terme à ces allégations. Voilà qui donne un autre parfum aux informations qu’il a divulguées sur les soucoupes volantes dans son livre.

« Un des modèles de BMW qui n’a jamais volé. Etude théorique »

D’autres prototypes loin de l’image des Vrils

Périodiquement, depuis le milieu des années 90, de nouvelles illustrations (les toutes dernières sont en couleur) surgissent sur le net sur les sites spécialisés dans le domaine des soucoupes nazies sans que jamais, une réponse pertinente ne soit apporté au mystère de leur origine. Karmapolis a mis la main sur une série d’esquisses, de représentations graphiques censées être des copies de documents ayant un jour existé dans les cartons des équipes de recherche à propos de projets d’armes miracles allemandes sans que nous ayons pu déterminer s’il s’agissait de projets menés par des cellules de recherches de la SS ou de Luftwaffe. Ces esquisses ont été publiées récemment dans un périodique allemand très spécialisé dans l’aviation militaire allemande de la seconde guerre mondiale, le magazine Flugzeug Profile n°23 édité par Flugzeug Publikations Gmbh. Cette maison d’édition qui s’adresse à des fanatiques de l’aviation de la dernière guerre, des spécialistes ou à des historiens militaires consacre chaque numéro de sa revue à un modèle d’avion particulier et ses versions successives qui y sont examinées sous tous les angles, comme par exemple le Messerschmitt BF 109 ou le 202 (le premier chasseur à réaction opérationnel), le Heinkel He219 ou Junker Ju87A. Cet éditeur consacra donc un numéro assez étonnant aux prototypes de soucoupes volantes développés surtout par BMW et dans une moindre mesure par Messerschmitt. Ce numéro est d’autant surprenant que traditionnellement, on évoque d’autres firmes comme étant les constructeurs de prototypes de soucoupes volantes : des auteurs comme Childress, Vesco ou même van Helsing mentionne à peine ces firmes et ces modèles, parlant plutôt de la participation de Skoda ou d’un consortium appelé Mittel-Werke, un constructeur qui aurait été créé par la SS et le général Hans Kammler . Manfred H. Franzke , notre correspondant de la revue en question avec lequel nous sommes rentrés en contact, nous a précisé que ces documents iconographiques provenaient d’Espagne, d’une revue spécialisée aujourd’hui défunte mais aussi d’un couple (Miranda/Mercado, très critiqués par les sceptiques) vivant à Madrid et d’un autre tiers qu’il n’est plus jamais parvenu à contacter. Notre correspondant est donc incapable de nous fournir les coordonnés du propriétaire de ces illustrations car il aurait disparu dans la nature. Malheureusement, pour des raisons techniques et de respect de droits, nous ne pouvons pas reproduire lesdites photos issues directement de la revue ainsi que les esquisses et plans de coupe des prototypes. Par contre, nous reproduisons certains modèles que la revue exhibe mais que l’on trouve également sur le web aux adresses suivantes…. Selon notre correspondant de la revue Profile, à l’époque de la parution du dossier sur ces soucoupes allemandes, le magazine avait reçu assez de garanties sur la crédibilité desdites illustrations. Il est vrai que les prototypes qui y sont présentés sont moins « révolutionnaires »  que les Haunebu et autres Vrils quant à leur moyen de propulsion. Il s’agit en fait de la déclinaison d’une même idée développée par la firme BMW dont le premier modèle, le Flugelrad 1V1, modèle biplace est propulsé par une tuyère, une sorte de moteur à réaction sur lequel on a collé une aile en forme de disque. Avant cela, il y avait un prototype encore plus « primitif », le AS6.V1 (AS pour Arthur Sack , nom de l’ingénieur créateur), un aéronef propulsé par un moteur 8 cylindres de Messerschmitt BF109 ou de Junker 66. C’est une sorte d’avion monomoteur (dont il existe plusieurs photos de plus ou moins bonne qualité) qui ressemble de profil à l’ancêtre de ces petits avions d’observation (genre Cesna 01 Byrd Dog) mais dont l’aile est en forme de disque. Entre 1939 et 1944, BMW aurait donc développé au moins sur le papier le Flugelrad 1V1 et le 1V2, le Flugelrad 2V1 et 2V2 (3 ou 4 places, biréacteurs), et la série 3V, modèles assez impressionnants pouvant accueillir 6 ou 7 passagers (2 à l’avant, 4 à l’arrière) sur deux niveaux. Pour donner une idée de la masse de ces engins, le 1V2 – l’un des plus petits – pèserait 10 tonnes et pourrait théoriquement se propulser à 800 km/h à une altitude de 17.000 mètres. Ces engins ont-ils vraiment volé ? «  Non, pas un seul » nous affirme Manfred Franzke , un fait qui a été confirmé d’une autre manière par Nick Cook. «  Seul les modèles Arthur Sacks AS6 ont réussi à faire un très court saut de puce au cours de leur décollage….  » nous précise Franzke. Mais les modèles les plus sophistiqués n’étaient que des projections théoriques des futurs projets. Pour les sceptiques, cette autre vague de prototypes de BMW ou de Messerschmitt n’ont jamais été développés, construits et donc n’ont pas pu décoller bref, il s’agirait d’une autre forme de mystification, la preuve étant que la firme BMW n’a jamais reconnu avoir développé ce genre de machines. Mais Tim Mathews , un chercheur spécialisé en Ovnis nazis et armes miracles allemandes dont nous reparlerons affirme le contraire et croit en la réalité de certains de ces prototypes. L’intéressé précise que le AS6 par exemple et les recherches sur les ailes circulaires avaient pour buts de créer des appareils à décollage très court – l’idéal pour un porte-avions – mais également de profiter des vertus de furtivité et donc de discrétion de ce genre de voilures par rapport aux radars. Aucun rapport donc avec de fumeuses propriétés de sustentation, d’aérodynamisme, d’antigravitation et autres magies du Vril. Nous reviendrons sur le cas Mathews à la fin de ce dossier car il est représentatif d’une certaine « nouvelle attitude » parmi les croyants dans ce secteur de l’ufologie. Ces idées de furtivité et de décollage court ou vertical donne une toute autre portée plus crédible à ces prototypes.

Vues du AS 6 Arthur Sachs équipé d’un moteur 8 cylindre Messerchmitt
fabriqué pour tester le concept d’une aile circulaire.

Les Foo Figthers et le mythe Uranus

Dans cette même revue allemande – Flugzeug Profile n°23 – on trouve aussi les représentations des mystérieux Foo Fighters, ces drones sans pilotes, ces fameuses boules de feu qui effrayaient tant les pilotes de bombardiers alliés et dont le rôle étaient selon les « croyants » de brouiller les radars, voire de griller les installations électriques des avions ennemis. Messerschmitt et Zeppelin seraient deux des maîtres d’œuvre de ces projets comme le Flakmine Kugelblitz (« mine volante boule de tempête »), le Zeppelin Werke V7 Feuerball ou encore le Kreisflugel J 1254. Voilà ce que nous en dit Childress et Vesco dans Man Made UFOs :  «  Ces machines totalement originales étaient circulaires, blindées et ressemblaient plus ou moins à la carapace d’une tortue pour certains modèles . Elles étaient équipées d’un moteur turbo jet spécial également plat et circulaire avec des tubes klystron et un additif chimique pour ioniser l’atmosphère dans les environs des avions et qui généraient un grand halo de flammes brillantes. De ce fait, on les a appelées « boules de feu ». Elles étaient sans armes et sans pilotes et étaient radio contrôlées au moment du décollage. Ensuite, elles suivaient automatiquement les appareils ennemis, attirées par l’échappement , les flammes et la chaleur pour s’approcher suffisamment sans toutefois entrer en collision de façon à ne pas détruire leur propre dispositif de manœuvre par radar. Elles étaient quasi indétectables par les radars américains les plus puissants de cette époque… ». Childress et Vesco parlent surtout de l’implication d’un établissement aéronautique, le  F.F.O  (Flugfunk Forschungsanstalt oh Oberpfaffenhoffen) en ce qui concerne le dispositif de radioguidage. La construction en elle-même aurait été prise en charge par la firme Zeppelin Werke (ce qui est concordant avec les informations de la revue Profile) qui s’était installée pour l’occasion en Autriche dans des installations souterraines sise dans le Schwarzwald. Ces Foo Fighters seraient avant tout des projets dépendant de la sphère d’influence de Hermann Goering , le patron de la Luftwaffe mais aussi d’un immense empire industriel qui se trouvait être en compétition avec un autre empire, celui de Heinrich Himmler , le Reichfürher SS, grand concurrent qui aurait lui aussi joué un rôle moteur dans ces armes miracles. Tels sont du moins les hypothèses des croyants. Et à côté des sceptiques, pour compliquer l’affaire, il y a ceux qui croient que ces Foo Fighters ont existé mais qu’ils n’étaient ni allemands, ni américains mais d’origine inconnue. Des gens parfois très sérieux ont même évoqué l’existence d’une commission d’enquête – le Sonderburo 13./projet Uranus – instituée par Goering pour enquêter sur l’origine de ces Foo Fighers. Un projet Blue Book avant la lettre ? Rien n’est moins sûr.

Ainsi, l’ufologue français Bernard Bidault , sans doute crédule et égaré comme je le fus jusqu’il y a peu, évoquait à l’occasion d’une conférence qu’il donna à Bruxelles en avril 2004 à l’hôtel Atlas l’existence de cette commission Uranus, soit disant mise en place dès 1942 par Hermann Goering. Des films et des photos de qualité en quantité incroyable auraient été pris puis conservés et estampillés « Top Secret » à la fin de la guerre par les alliés qui avaient mis la main sur les archives allemandes pour les faire disparaître dans les limbes. Entre autres spécialistes que nous avons contacté sur le sujet et qui a eu la gentillesse de nous répondre, Jean-Luc Rivera de la gazette Fortéenne me signala le fait qu’il s’agissait d’un mensonge et que Tim Mc Lure s’était penché sur la question avec précision, mettant alors en évidence le fait que cette commission allemande était un canular, une blague de mauvais aloi. Mc Lure rapporte lui-même les découvertes d’un de ses collègues, Andy Roberts qui s’est entretenu avec l’auteur de cette fausse rumeur qu’était devenu à la longue le projet Uranus : il s’agit en fait de l’ufologue français Henry Durrant , qui dans son ouvrage «  le livre noir des soucoupes volantes » invente l’existence de cette commission Uranus menée par le Sonderburo 13, chargé d’enquêter sur l’existence des Foo Fighters, les Allemands croyant qu’il s ‘agissait d’une arme secrète des alliés. Et Durrant d’avouer qu’il s’agit de sa part d’une œuvre complète de son imagination, d’un canular qu’il avait inventé et inséré dans son livre précisément pour voir « qui allait rapporter cette histoire sans la vérifier ». Cette fausse information a très bien fonctionné comme on le voit puisqu’on en parle abondamment sur le Web, puisque le très célèbre ufologue britannique Timothy Good se serait laissé prendre à l’affaire en répercutant l’existence d’Uranus dans un de ses livres, nous affirme encore Mc Lure. Et l’on en trouverait même une trace dans le rapport français Cometa, ce qui semble exact puisque le rapport stipule à propos de Foo Fighters : «  ces observations ont causé beaucoup de soucis aux autorités alliées qui ont pensé au départ à un procédé secret allemand. Il est apparu clairement à la fin de la guerre qu’il n’en était rien. Il semble que de leur côté, les pilotes allemands aient été persuadés qu’il s’agissait d’une arme secrète américaine. Une commission d’enquête aurait même été créée à Berlin pour l’étudier… Les archives relatives aux Foo Fighters semblent avoir été soumises au secret militaire au moins jusqu’en 1949. De nombreuses observations sur des objets beaucoup plus gros en forme de cigares, de disques ou de sphères ont été consignées dans les deux camps ». Voilà donc en quelques lignes l’opinion des experts de Cometa qui semblent s’être fait également bernée par Durrant à moins qu’ils évoquent l’existence d’une autre commission et d’une autre source. De toute évidence, pour Cometa, Ovnis et Foo Fighters ne sont pas d’origine allemande.

Science nazie versus science « judéo-chrétienne »?

En matière d’armement, il y a une observation que l’on peut faire et qui semble emporter l’adhésion de presque tous : les recherches allemandes étaient d’une part en avance sur leur époque et d’autre part, les scientifiques nazis semblent avoir exploré d’autres pistes que celles de la science plus conventionnelle, appliquant ainsi d’autres solutions que celles empruntées par leurs collègues américains, anglais, russes ou français un peu comme si dès le départ, les scientifiques allemands avaient décidé de vivre en autarcie, dans un autre monde, rejetant d’un geste méprisant les solutions apportées par  » les scientifiques décadents du monde judéo-chrétien  » (propos tenus par Hitler et rapportés par Albert Speer ). C’est ainsi que la SS, la Luftwaffe et dans une moindre mesure la Wermacht ont mis sur pied des structures très compartimentées, très richement dotées et ayant quasi tous les pouvoirs afin de poursuivre de nombreux programmes de recherches en matière d’armements. De l’artillerie lourde aux blindés (comme les monstres que furent les Tigres et le Panthère), des premiers chasseurs jets aux premiers missiles filoguidés, des mortiers légers aux mitrailleuses légères, l’Allemagne nazie, dès le milieu de années 30 apportait des solutions originales et parfois très sophistiquées, jetant sur les champs de bataille des armes totalement innovantes dont des copies figurent encore aujourd’hui dans nos arsenaux. Le pourquoi de cette avance demeure un mystère qui a laissé la place à de nombreuses spéculations dont se sont délectées les groupements d’extrême droite. Le rejet irrationnel et haineux de la science et de la relativité Einsteinienne par les nazis les auraient peut-être poussés à un bon créatif obligatoire à très court terme, un sursaut nécessaire et indispensable à la survie de leur modèle de société. Pour pas mal de conspirationnistes, emboîtant le pas aux contestés essayistes français Louis Pauwels et Jacques Bergier , ce serait plutôt la magie, le lien ésotérique du nazisme et de Hitler avec des « Supérieurs Inconnus », avec des sortes d’entités extraterrestres, qui auraient permis à la société militariste allemande cet inexplicable bond en avant. Dans leur étrange, passionnant et très décrié essai « le Matin des Magiciens », Pauwels et Bergier mettent en évidence le fait que les nazis étaient persuadés qu’il existait  » une science secrète, une magie à la base de toutes les sciences ». « Il y a , disait Hitler, une science nordique et nationale socialiste qui s’oppose à la science judéo-libérale « . Cette science « nordique » est , selon Pauwels et Bergier un ésotérisme qui prendrait sa source dans tout ce qui constitue le fond de l’ésotérisme . Et les auteurs de se justifier ensuite:  » Ce n’est pas bien entendu que nous cherchions à revaloriser le nazisme, on l’admettra sans peine. Mais cette pensée s’est inscrite dans les faits. Elle a agi sur les événements. Il semble que ces événements ne deviennent vraiment compréhensibles que sous cet éclairage. Ils restent horribles mais éclairés de la sorte, ils deviennent autre chose que des douleurs infligées aux hommes par des fous et des méchants, ils donnent à l’histoire une certaine amplitude, ils rétablissent celle-ci au niveau où elle cesse d’être absurde et mérite d’être vécue, même dans la souffrance: le niveau spirituel. Ce que nous voulons faire comprendre, c’est qu’une civilisation entièrement différente de la nôtre est apparue en Allemagne et s’est maintenue pendant quelques années. Qu’une civilisation aussi profondément étrangère ait pu s’établir en un rien de temps n’est pas, à y regarder, impensable… « . Allez dire cela aux survivants des camps de Dora ou de Peenemünde, les atroces usines d’armements profondément enterrées et qui ont coûtés des milliers de vies humaines, allez leur expliquer le « sens spirituel » de la souffrance et la grandeur de l’histoire ! Mais là n’est pas le sujet central de cet article. Il ressort plutôt des propos de Bergier et Pauwels que l’avance technologique et scientifique allemande ne peut s’expliquer que par un niveau ésotérique, quasi magique ou à tout le moins incompréhensible à nos critères d’analyse habituel du monde et intraduisibles en termes conventionnels. Pauwels et Bergier ne sont pas les seuls à partager cette opinion. On peut même dire – c’est cela qui est à la fois étrange, agaçant et séduisant- que toutes les personnes même les plus sceptiques qui se sont penchées sur le problème de cette avance technologique nazie et sur l’existence de disques volants en sont tous venus à se dire qu’il y avait quelque chose d’inexplicable.

Partie 3 : Les sombres menées du SS Kammler

Le SS Kammler, inventeur des « blacks projects »?

La récupération de ces thèmes par l’extrême droite ne doit pas nous empêcher d’examiner ces hypothèses selon lesquelles la SS avait un programme très avancé en matière d’armes exotiques, non conventionnelles et en matière de disques volants. Car une des principales conséquences des recherches nazies serait que les Américains (ainsi que les Soviétiques) auraient pu bénéficier par le biais de l’opération Paperclip du fruit de ces recherches. Et, toujours selon certains enquêteurs comme Nick Cook, la majorité des « Skunk Projects », des projets secrets de l’Air Force par exemple en matière de furtivité, de propulsion MHD ou d’antigravitation (si ceux-ci existent) seraient les « descendants » des premiers projets allemands.

Que cela soit dans les versions ésotériques, peut-être fantaisistes ou plus proche de la vérité historique de l’histoire des disques volants nazis, un personnage central revient à tous les coups: le brigadefürher SS Dr Ing (ingénieur) Hans Kammler devenu ensuite Obergruppenführer. Un homme mystérieux qui a sans doute joui à certains moments de la guerre de plus de pouvoir que le Reichfürher Himmler lui-même alors que ce dernier était son supérieur hiérarchique. Hans Kammler a connu une ascension aussi rapide, brutale qu’irrépressible mais certainement pas étonnante au vu des qualité de froideur organisatrice et d’implacabilité du personnage. Des traits de caractère qui sont bien vus au sein de la SS. A la mi-1943, on assista sous l’impulsion de Himmler lui-même à un véritable coup d’état au sein du cartel militaro-industriel allemand. Le grand chef de la SS persuada Hitler qu’il était nécessaire de faire en sorte que les recherches de pointe en armement échappent au contrôle de l’armée allemande -la Wermacht- et que les cartels industriels qui travaillaient dans le cadre de certains projets devaient être contrôlés par des mains 100% allemandes, 100% nazies donc 100% fidèles, à savoir la SS. C’est ainsi que le projet concurrent au V1 (ce célèbre drone, bombe volante, sorte d’avion sans pilote qui était lancé via une catapulte), la fusée A4 (ou encore V2) échappa très rapidement au contrôle exclusif de l’armée allemande et d’Albert Speer alors ministre de l’armement pour se retrouver entre les mains des SS suite au bombardement anglais de l’usine de Peenemünde. La raison en était essentiellement structurelle car la SS avait mis sur pied un véritable empire composé d’une main d’œuvre d’esclaves corvéables à merci et que l’on pouvait éliminer sans problème lorsqu’ils devenaient des témoins gênants. Par conséquent, les risques d’espionnage, de fuites, de sabotages et d’infiltrations d’agents étrangers parmi la main les travailleurs du STO et des ingénieurs étrangers étaient réduits au stricte minimum grâce à l’emploi d’une main d’œuvre concentrationnaire destinée à la mort. Himmler fit alors appel à Kammler car en tant qu’ingénieur nommé à la Division des travaux et des constructions SS, il s’était consacré corps et âme avec une efficacité redoutable à la construction en des temps de records de camps de concentration, de hangars, de bunkers et d’usines souterraines tout d’abord en tant que civil pour Herman Goering et ses services de la RLM (Reich Air Ministery, ministère de l’air du 3ième Reich) ensuite pour la SS d’Oswald Polh (le grand patron des camps) dans les services logistiques des camps de concentration. Il n’allait donc pas sortir de son domaine de prédilection. Dès la fin 1943, Kammler avait déjà élaboré un programme de plus de 13 milliards de marks pour la construction de baraquements pour la SS et de camps de concentrations dans les territoires compris entre la Norvège et l’URSS. Quelque mois plus tard encore, il obtint une nouvelle rallonge budgétaire très conséquente afin d’agrandir la capacité d’accueil des camps à plus de 4 millions de personnes. Et en annexe à ces camps étaient bien entendu édifiés de gigantesques complexes industriels. Kammler est décidément le prototype même du SS à la Heydrich, l’homme qui élabora à Wansee la « solution finale » à savoir l’extermination complète des juifs et de tous les « sous-hommes ». C’est au sein de cet empire que furent édifiés les complexes souterrains de Peenemünde, de Dora ou de Nordhausen, une usine creusée dans la montagne déroulant plus de 20 kilomètres de galeries et de tunnels dans le seul et unique but de construire dans le plus grand secret le programme de fusées et de missiles des nazis et donc l’édification coûta plus de 20.000 morts. Mais ce ne fut pas la seule mission du protégé de Himmler. A la fin de la guerre, Hitler lui-même confia à Kammler la mission de réformer la Luftwaffe du « fidèle Hermann » (Hermann Goering) alors en pleine déliquescence. Goebels , patron de la propagande nazie écrivit sur Kammler le 3 avril 1945:  » Kammler travaille de façon excellente et répond à merveille aux espoirs que l’on a placé en lui « . Qu’est-ce que cette phrase peut bien signifier alors que tout est perdu en ce début avril 1945 et que la guerre ne pouvait plus être gagnée? L’homme devait certainement avoir une mission très particulière sans grand rapport avec la refonte de la Luftwaffe proche de la destruction totale.

Revenons sur les différentes missions de Kammler. Outre la construction des camps et des usines, il aurait en fait créé une unité de recherche en armement ultra secrète et totalement autonome, disposant d’une autorité absolue et de budgets très importants ne dépendant pas du bon vouloir d’un ministère ou d’un autre ou encore de l’armée régulière. C’est sur les activités de cette unité que nous allons nous pencher mais également sur son devenir à la fin du conflit. Pourquoi s’attarder ainsi avec un tel luxe de détails sur ce mystérieux général ? Parce que la description de son caractère, de ses compétences et de ses missions rend plausible les allégations de Cook à propos d’une ténébreuse opération menée à la toute fin de la guerre et qui concernerait notre sujet !

Il est très difficile de trouver des informations originales sur Hans Kammler, même au musée de l’armée de Bruxelles. Certes, cette figure incontournable des projets d’armements exotiques de la SS est cité par exemple dans la littérature concentrationnaire puisqu’il a construit nombre de camps. Il serait l’un des créateurs et logisticiens qui a édifié les premières installations génocidaires (chambre à gaz et système d’incinération industriel) et surtout, dans le domaine qui nous intéresse, il a dirigé d’une main de fer le camp de Dora, l’installation souterraine construite après le bombardement de Peenemünde pour produire en série les fusées A4-V2. (cfr: voir le livre « Dora » de Jean Michel Edition Lattès, Livre de Poche). Vesco et Childress parlent également du rôle de Kammler en déplorant aussi le manque de données biographiques à son égard. Quant à Nick Cook, le fameux consultant du Jane’s Defence Weekly, il s’est même demandé si les alliés n’avaient pas tenté de supprimer le plus d’informations disponibles sur l’individu. Pour finalement découvrir une piste par l’intermédiaire d’un archiviste de l’Imperial War Museum de Londres qui lui a signalé l’existence d’un ouvrage et de son auteur: un certain Tom Agoston , un correspondant étranger ainsi qu’un spécialiste interprète de photographies aériennes auprès de l’armée anglaise pendant la guerre et diplômé de Cambridge avait rédigé sa version restée assez confidentielle de l’histoire des armes secrètes nazies dans « Blunder, How the US Gave Away Nazi Supersecrets to Russia ». Agoston affirme avoir rencontré les derniers témoins des activités ultra secrètes de Kammler. Pour Agoston, la mission de Kammler était cruciale puisqu’il était en fait à la tête d’un centre de recherche top secret dans lequel on construisait  » des armes secrètes de seconde génération au développement déjà bien avancé « , ce que l’on appellerait aujourd’hui dans le jargon militaire américain un « SS research Think-Tank » pour des « special projects ». Exactement le genre d’endroit « où l’on s’attendrait à trouver de la technologie sur l’anti-gravité  » note encore Nick Cook avec une quasi délectation.

Sécurité maximale pour le projet SS Kronos

La documentation et le témoignage d’Agoston permettent à Cook de constater que l’équipe spéciale constituée par Kammler pour ses travaux visionnaires était en fait une section bien compartimentée travaillant dans les usines Skoda en Tchécoslovaquie, totalement indépendante du groupe Skoda et de n’importe quelle autre autorité et qui a sans doute démarré ses activités très spéciales dès juin 1942. Agoston précise aussi que le département R&D (recherche et développement) du Kammlerstab (l’équipe de Kammler) était surveillé par un triple cordon de sécurité composé par des spécialistes SS du contre espionnage spécialement formé pour cette tâche. C’est dire si l’enjeu des travaux de cette équipe était capital et ultra secret. Agoston a rencontré et a assisté à l’interrogatoire d’un témoin et acteur capital de l’équipe Kammler, un certain Colonel Wilhelm Voss , directeur général de Skoda et comme c’est souvent le cas pour les hauts cadres, Colonel honoraire dans la SS. En tombant sous l’autorité directe de Kammler, cette branche « recherche et développement » de Skoda devenait totalement indépendante de la bureaucratie et pouvait conserver un secret total autour de ses activités grâce à ce fameux triple cordon de sécurité. Cook découvre alors que le peu de données, voir l’absence totale de données matérielles et historiques sur ces recherches est due aux strictes mesures de sécurité imposées par Kammler mais aussi à cause de son attitude criminelle qui a consisté en l’élimination systématique de tous les participants à ses projets (des prisonniers en passant par le « petit personnel » ouvrier civil jusqu’aux ingénieurs) dans le cadre d’une opération préméditée et rondement menée juste avant l’arrivée des Russes. Au cours de cette opération type « terre brûlée », Kammler aurait reçu de Hitler et de Bormann une autorité totale, supérieure à Himmler lui-même. C’est dans le cadre de cette opération que les technologies les plus sensibles, celles relatives sans doute à l’antigravité, auraient été évacuées, selon un chercheur polonais, Igor Witkowski (nous verrons cela dans quelques instants), d’abord par camions ensuite par avions et sous-marins jusque en Espagne puis en Amérique du Sud. C’est de là que serait sans doute né le mythe de l’évacuation des secrets et de la puissance allemande dans des bases en Antarctique. Tout simplement parce que des U Boat chargés de technologies sensibles devaient faire escale dans le continent de glace avant d’arriver en Amérique du Sud. Tous ces éléments factuels proviendraient du contenu d’un interrogatoire mené par les alliés, à savoir le US CIC (Counter Intelligence Corps) sur Voss, un Voss qui se serait ainsi confié à Agoston. L’affaire serait d’autant plus sensible que Voss aurait demandé spécifiquement à Agoston de ne jamais divulguer dans des publications ces éléments relatifs à l’équipe Kammler, secret qui sera respecté par Agoston jusqu’au décès du colonel honnoraire en 1974 . Le même Agoston aurait par la suite tenté mais sans succès d’obtenir une copie des PV d’interrogatoire mené par le US CIC sous le couvert du Freedom for Information Act mais sans succès, les autorités allant jusqu’à dire que ces interrogatoires n’avaient jamais existé. Il faut donc croire Agoston sur parole et c’est bien ce qui pose problème aux sceptiques et aux détracteurs de Nick Cook. Pourtant, selon Cook, il subsisterait dans les archives américaines des indices accréditant l’existence de recherches nazies sur des technologies exotiques comme par exemple les documents « Lusty » évoquant des recherches sur « des armes à énergie, des lasers et des armes anti-aériennes à rayon ». Ces recherches auraient été conduites à Vienne dans un centre secret situé 87 Weimarestr. Cook décrit par le détail toutes les tractations de Kammler avec ses supérieurs hiérarchiques ainsi qu’avec ses concurrents comme von Braun ou Speer pour constituer son équipe de recherche et nous fournit bien trop de détails pour que cela soit le fruit d’une pure mystification. Autre témoin et chercheur critiqué par les sceptiques, le polonais Igor Witkowski que l’on dit animé par des mobiles douteux et qui aurait tout simplement mené Cook en bateau. Possible mais les sceptiques ne m’en ont pas apporté une preuve palpable et convaincante. Witkowski se serait donc longuement documenté sur le Kammlerstab et sur Wilhelm Voss pour découvrir qu’une bonne partie des équipes de Kammler planchait sur le nucléaire. Il y aurait eu à la fin de la guerre des négociations top secrètes entre Kammler et les services de renseignements américains pour revendre des technologies très précieuses. Witkowski explique à Cook que Kammler avait mis au point une opération d’évacuation, « Special Evacuation Kommando » au cours de laquelle les SS auraient réussi à évacuer en pièces détachées par camions, par avions spéciaux (des Ju290 et 390) et par U Boat les éléments technologiques relatifs à la recherche en matière d’antigravitation, une installation que Cook nommera dans son ouvrage sous l’appellation « The Bell », « la cloche » (des recherches baptisées par le nom de code Chronos et « Laternentrager ») et dont il a visité les supposées ruines près de Nordhausen. Pour cette opération d’évacuation, Kammler aurait bénéficié de toute autorité grâce à Martin Bormann, l’éminence grise de Hitler, passant ainsi au dessus de l’autorité du chef de la SS, Himmler. Quant à la plupart des ingénieurs et des scientifiques, ils auraient tout simplement été abattus entre le 28 avril et le 4 mai 1945 par les SS, précise Witkowski à Cook, ce qui explique la quasi impossibilité de découvrir des témoins sur les véritables buts des recherches de l’équipe Kammler, des recherches d’une portée telle que cela aurait justifié un si grand nombre d’assassinats. Ces assassinats auraient été perpétrés par des membres des Sonderkommando, les bataillons mobiles de tueries qui s’étaient fait une spécialité de ces meurtres collectifs qui ne devaient pas laisser de traces. Deux SS par victime, deux équipes, 31 balles par équipe et des déportés pour creuser les fosses….les détails donnés par le consultant du Jane’s sont très nombreux. Cook décrit alors de façon très convaincante le type de recherche menée dans « the Bell » dans le cadre de l’opération Chronos, des recherches ayant pour but de générer des vortex et de l’antigravité. Ces recherches ont-elles été couronnées de succès ? Cook l’ignore et ne peut que faire des suppositions. Il retrace alors toutes les recherches menées en matière d’antigravitation par les alliés dans les remous de l’opération Paperclip. Et il ne peut s’empêcher de penser aux successeurs supposés de ces équipes de recherche allemandes, les « black budget, » et autres « skunk project » américains dont certains membres, au milieu des années 50 « furent contraints au silence par de ténébreuses équipes d’agences de renseignement afin de garder secrète la vérité sur les véritables percées technologiques allemandes après la seconde guerre mondiale ». Bref, pour Nick Cook, il semble acquis que les Américains ont réellement mis la main sur quelque chose après la défaite des nazis et la technologie furtive des ailes volantes du genre B2 et F117 ne serait que la suite et les répercussions des premières recherches exotiques allemandes. Comme nous l’avons déjà mentionné, le travail de Cook a été critiqué par les sceptiques, comme par exemple, les gens du Fortean Magazine parce que l’intéressé, sans doute de bonne volonté, aurait été manipulé par des inconnus aux intentions peu louables dont le but était « de rendre au régime nazi des dehors plus favorables et ce par le biais de manipulations et de mensonges ». On parle même « d’individus agissant pour le compte d’un groupe qui suit un plan spécifique », à savoir un travail de relations publiques pour le compte de l’idéologie nazie. Et de s’étonner que Cook n’ait pas été mis en garde contre les activités de ces agents manipulateurs ou qu’il n’ait lui-même pas su faire preuve de plus de discernement. Les reproches à l’adresse de Cook se focaliseront surtout sur le chapitre relatif à Victor Schauberger, cet autodidacte autrichien, passionné par les forces de la nature qui aurait mis en point un générateur d’énergie qui copiait les forces dégagées par les vortex et les tourbillons générés par l’eau. Certains auteurs affirment que Schauberger aurait mis au point une soucoupe volante pour les SS puis pour les Américains et l’illustration représentant son générateur (le Repulsine) ou plutôt sa « turbine à eau » dont l’apparence évoque une soucoupe volante a bien souvent été « maquillée » en Ovni nazi en l’ornant d’une croix germanique. Le « Cook Report », ce document qui critique le livre de Cook, estime que tout ce qui a été rapporté au consultant anglais à propos de Schauberger relève de la plus haute fantaisie… mais sans nous dire exactement pourquoi. Tout comme on ne nous explique pas clairement pourquoi Witkwoski est un personnage peu crédible. Ni qui serait ce mystérieux groupe pro nazi obéissant à « un plan spécifique » et qui exactement aurait manipulé Cook en lui envoyant des informateurs chargés de lui raconter des mensonges. L’auteur du rapport Cook et du rapport sur les Ovnis nazis conclut :« je ne vois aucune raison qui me permet de croire que Victor Schauberger ait été capable de faire tout cela…, ou qu’il a construit un disque volant … ». Et pour ma part, je ne vois pas de raisons de croire aveuglément les conclusions de l’auteur du Fortean Magazine. Si cela vous intéresse, jetez un œil sur le chapitre « the Cook Report » dans l’article que le Fortean Magazine consacre aux Nazis UFO.

Sceptiques contre croyants, qui sont les gagnants ?

Je dois confesser que tout au long de cette enquête, mon opinion a changé de manière quasi diamétrale. Au départ, je croyais –non sans une certaine frayeur mais aussi sans une certaine fascination- qu’il y avait un fondement plus que concret à ce dossier des Ovnis nazis et à l’existence des vaisseaux Vrils et Haunebu. Aujourd’hui je suis beaucoup moins affirmatif et mille fois plus méfiant. Au delà de l’aspect « extrême droite », je me rend compte au fil de mes lectures et échanges de courriers sur l’affaire qu’il est très difficile de se forger une opinion circonstanciée car les arguments des sceptiques ne répondent pas à toutes les questions loin de là. D’ailleurs, l’un d’entre eux, Kevin Mc Lure , auteur d’un article assez sobre et bien équilibré sur le mythe des soucoupes nazies, a listé sur le Web une longue liste de questions à laquelle il n’avait toujours pas de réponses, ce qui démontre l’honnêteté du personnage. J’ai bien tenté de confronter les recherches et donc théories de deux passionnés de l’affaire, Kevin Mc Clure d’une part endossant la défense du camp des sceptiques et Tim Matthews (Flying Saucers, Secret History) d’autre part qui persiste dans l’idée que les soucoupes nazies ont vraiment existé, du moins dans une certaine mesure. Et je suis aujourd’hui incapable de les départager car je ne possède pas les moyens matériels (références bibliographiques, testimoniales etc…) pour donner complètement raison à l’un ou à l’autre.

Examinons par exemple de façon très brève la vision du dossier de Kevin Mc Lure. Celui-ci estime qu’avant 1950, il n’y avait aucune publication, aucun article de quelque ordre que ce soit sur des soucoupes nazies et autres aéronefs exotiques. La première fois que l’on en parle, c’est en 1950 dans une dépêche d’agence publiée par le magazine allemand Der Spiegel qui relate les propos d’un soit disant Capitaine Rudolph Schriever qui évoque l’existence d’un projet théorique de disque volant, le fameux disque Schriever-Habermohl-Miethe et Belonzo . En 1957, un certain Major Lusar dans l’ouvrage « German Secret Weapons of the Second World War » colporte la même histoire mais affirme que le disque était opérationnel et lui confère des données et des performances qui semblent fantaisistes. Mc Lure estime que l’existence même de Schriever n’est pas confirmée (il était trop jeune au moment de la guerre) et ajoute que les données les plus fantaisistes et les plus imprécises circulent sur les autres participants au projet (Habermohl et consort), voire qu’ils n’ont jamais existé (aucune trace dans aucune archive historique ou militaire d’aucune sorte).

En résumé, on peut dire que les premières publications sur le sujet datant des années 60 de Schriever, Lusar puis Vesco (« Intercept But Don’t Shoot ») sont toujours sujettes à caution. Mc Clure – il n’est pas le seul, loin de là – affirme donc ne pas avoir trouvé d’indices probants démontrant que les faits « fondateurs » des Ovnis nazis sont palpables, incontournables et vérifiables. Quant à l’origine du corpus de croyances sur les Vrils et Haunebu, Mc Lure souligne par exemple le rôle très important joué par les écrits d’Allen Harbinson avec sa série de nouvelles « Projekt Saucer » qui ne sont que des œuvres de fiction paraît-il très bien construites. De la même manière, Mc Lure passera à la moulinette une grande partie des autres affirmations proférées par Chilldress, Cook et quantité d’autres chercheurs de type « croyant ». Il s’intéresse tout particulièrement à Branton et ses « Omega Files », un mystérieux protagoniste du Web, extrêmement prolixe sur le conspirationnisme en général et sur les Short Greys que certains sceptiques décrivent comme un agent désinformant de la CIA. Mc Lure le place au même niveau que Terziski de par l’imagination fertile et se pose lui aussi des questions sur les mobiles qui anime « ce personnage impliqué dans des affaires d’abductions depuis sa prime enfance…, programmé avec une personnalité double ou comme agent dormant pour la CIA » Et de souligner que le dossier Omega de Branton appelé « Nazi Files » est un autre exemple « de présentation de choses incroyables sous forme de faits », parlant à son sujet de « désert moral et intellectuel ». Car Mc Lure s’emporte contre Branton principalement parce que celui-ci utilise des éléments de l’Holocauste (par exemple, le soit disant envoi de déportés de Buchenwald en Antarctique pour construire une base secrète pour Ovnis) qu’il déforme pour donner corps à ses fantasmes et se demande quelle genre de pulsion peut bien pousser Branton à de telles constructions de l’imaginaire opérées sur le dos des déportés. Mc Lure a raison, il y a quelque chose de détestable dans cette réécriture de l’histoire, quelque chose d’autant plus désagréable que cela introduit des notes d’invraisemblance dans le dossier de la déportation. Mais malgré tout, en dépit de ces invraisemblances, si Branton était quand même de bonne foi ? Car Mc Lure ne nous apporte aucune preuve que l’intéressé raconte totalement des inepties si ce n’est le fait que ces faits n’ont jamais été rapportés d’une quelconque façon dans la littérature concentrationnaire. Enfin, Mc Lure reconnaît qu’il y a encore pas mal de choses à éclaircir dans cette affaire, notamment suite à la publication récente d’un livre sur le 3 ième Reich en Antarctique et en Amérique du Sud, « Arktos », rédigé par une certaine Jocelyne Goodwin . Avec Mc Lure, le mythe se dégonfle brique après brique, souvent de façon convaincante, parfois avec des raccourcis qui ne me satisfont pas. Il serait fastidieux de se pencher sur tous les éléments qu’il énumère pour écorner l’affaire de l’Amiral Byrd, les bases en Antarctique, les Vrils, Haunebus, Foo Fighters car finalement, c’est l’aveu de ne pas pouvoir répondre à toutes les questions, éclaircir toutes les zones d’ombre qui crédibilise le travail de Mc Lure et le rend modeste, donc touchant et humain, ce qui est rare dans le domaine.

Autre cas de figure, totalement inverse , celui de Tim Matthews qui se fait l’avocat de ceux qui croient en l’existence d’une partie du mythe des Ovnis nazis ou à tout le moins d’une origine humaine aux Ovnis puisqu’il n’hésite pas à affirmer que « les soucoupes volantes se sont développées jusqu’à un certain degré en parallèle de chaque côté de l’Atlantique au cours de la seconde guerre mondiale », en d’autres termes, pour Matthews, il faut voir derrière les Ovnis l’œuvre du monde du renseignement (de « l’Intelligence ») plutôt que l’œuvre d’une intelligence extraterrestre. Ce croyant ou plutôt ce croyant qui aimerait bien se faire la peau de quelques sceptiques, incarne une nouvelle tendance dans la recherche sur les Ovnis nazis, celle qui refuse la main mise de l’extrême droite sur l’affaire. Pour lui « tout d’abord, ce n’est certainement pas le cas que les avocats défendant la thèse des soucoupes volantes construites par l’homme fassent automatiquement l’apologie du régime nazi, comme cela est suggéré par les sceptiques qui affirment que parce que certains des chercheurs « nazis » en Ovnis sont douteux en matière de propagande politique, par conséquent, toute forme de recherche dans ce secteur n’est pas valide. Ce genre de culpabilisation par le biais de l’association est la manière la moins efficace de débattre avec les preuves… » affirme-t-il dans un article publié sur le Web, « Flying Saucers – Secret History ». Matthews ne rejette pas l’histoire des soucoupes volantes nazies sous prétexte que l’affaire des Vrils et des Haunebu est totalement invraisemblable et qu’elle fait pas la part belle aux séides de Hitler, Himmler et autres sadiques dégénérés. Il revient sur les recherches effectuées par le professeur Heinrich Focke (constructeur des célèbres Focke Wulf) qui s’est intéressé très tôt au décollage vertical et aux technologie relatives au rotor et aux hélicoptères, il passe en revue les travaux des frères Horten dont les ailes volantes ont été popularisées tant au cinéma (Les Aventuriers de l’Arche Perdue) qu’en BD (voir l’aile volante façon Horten dans le Secret de l’Espadon de Jacobs ) et dont on peut être certain que la firme Northrop Grumman s’est inspirée avec le fameux bombardier B2 (voir à ce sujet Horten et les B2, l’article très intéressant de Jean-Pierre Petit ainsi que son étonnant et passionnant livre sur « les Ovnis et les armes secrètes américaines »). Matthews s’attarde plus longuement sur le AS6 (V1) mis en évidence dans la revue « Flugzeug Profile » (évoquée plus haut dans ce papier) grâce à un article rédigé par Hans Herbert et Hans Meier dans la revue « Luftfahrt International » datant de 1980 mettant en évidence les propriétés de furtivité des ailes circulaires. Matthews insiste sur le fait que les recherches sur les ailes circulaires n’avaient aucun rapport avec des connections ésotériques et autres connaissances occultes relatives à l’énergie Vril « et autres non sens » mais seulement parce que ce genre de design possèderait des propriétés furtives « et que les ailes circulaires sont plus robustes et plus faciles à construire ». Toujours selon Mathews, le premier appareil à aile circulaire et à propulsion par jet a été imaginé et sinon construit autour de 1943 et de citer comme source, le témoignage de Rudolph Schriever qui en 1950 aurait affirmé avoir travaillé dans les environs de Prague sur un véhicule de type « soucoupe volante ». Il cite également le fameux article de Der Spiegel tant contesté par Mc Lure. Mathews passe aussi en revue toutes les armes exotiques sur lesquelles les allemands se sont penchés : ailes volantes, missiles filoguidés, armes à particules, eau lourde etc… Quant à la raison pour laquelle les recherches dans ces domaines n’ont pas abouti, il met en avant l’attitude très rétrograde de Hitler lui-même à l’égard de ce que l’on pourrait appeler les nouvelles technologies, à savoir « l’indifférence de Hitler et de son immédiate hiérarchie pour la recherche dans les sciences nouvelles, naturelles qui pouvait aller jusqu’à une positive hostilité ».

Des chefs nazis rétrogrades en matière d’armements ?

Nous voici donc très loin de l’image d’Epinal d’un Hitler passionné par les sciences « underground », les solutions radicalement novatrices, féru d’occultisme et investi totalement par les pseudo recherches dans les énergies ésotériques, les Vril et autres engins inspirés par des guides extraterrestres de type aryens. C’est sans doute la raison pour laquelle les fameuses armes miracles qui devaient sauver le cours de la guerre, la fusée A4 ou l’avion à réaction par exemple sont arrivées si tardivement sur le terrain des opérations : Hitler n’y croyait tout simplement pas. Nous sommes à des années lumières de cette autre représentation d’un Reich magique, d’une Waffen SS ultra puissante, toute dévouée aux décisions innovantes d’un chef visionnaire guidé par des puissances magiques. Le fossé entre ces deux représentations est tel qu’il ne laisse pratiquement aucune place à un moyen terme, à un réel où une partie du mythe des Ovnis nazis aurait sa place et aurait donc existé. Le scepticisme me semble pour l’instant être l’attitude la plus confortable et la plus fondée puisque l’avocat même des croyants avance certains arguments imparables qui dégonflent le mythe. Et que les éléments matériels historiques que l’on peut « tracer » sont d’une maigreur impressionnante. Il reste les nombreuses questions sans réponses que les sceptiques n’abordent pas de façon convaincante, des questions relevées par l’un de leur meilleur avocat, Tim Mc Lure. Il reste certaines affirmations énigmatiques de gens comme le Colonel Corso , ex Colonel au département « technologies étrangères » du Pentagone qui affirme que l’armée US a bel et bien récupéré une soucoupe extraterrestre à Roswell et possèderait des modèles opérationnels. Dans son livre, il évoque l’étrange phrase de son supérieur hiérarchique, le Général Trudeau qui lui demandait d’inventorier les recherches technologiques que les Allemands avaient faites pendant la seconde guerre mondiale, de récupérer ce matériel et « de l’incorporer dans les recherches en cours ». Mais Trudeau fait soudainement allusion à d’autres technologies que celles plus classiques de l’avion à réaction, du canon Grosse Bertha ou des nouveaux Panzers : « le matériel dans cette armoire est légèrement différent de celui qui nous passe entre les mains. Je ne sais pas ce que vous avez eu l’occasion d’apprendre sur cela quand vous étiez à la Maison Blanche mais avant d’écrire un quelconque rapport, vous devriez faire une petite recherche sur le dossier Roswell ». Voilà une très étrange phrase, une très bizarre suggestion de relier Roswell aux recherches des nazis. Mais bon, pour les sceptiques, Corso est sans doute du même tonneau, un mystificateur, un agent désinformant payé par on ne sais quelle officine de renseignement de l’armée pour des raisons que l’on ne comprend pas très bien. C’est possible. Mais une fois de plus, il ne suffit pas de dire que Corso raconte des bobards parce qu’il nous fait part de choses invraisemblables (comme les voyages interplanétaires, les bases sur Mars et sur la Lune). Et puis, il y a les constatations de gens comme Jean-Pierre Petit ou même de Nick Cook qui laissent transparaître le fait que la version officielle sur les progrès opérés en matière d’antigravitation ou de propulsion MHD par l’Air Force et les autres officines de recherche et développement n’a pas grand rapport avec ce qui se passe réellement sur le terrain. Il est curieux de constater qu’officiellement, on est quasiment nul part en matière d’antigravitation. A titre d’exemple, les recherches menées par la Nasa ou par British Aerospace ont à peine été capable d’isoler un effet antigravitationnel et les chercheurs sont aptes par exemple, par le biais de certains appareils, à supprimer à peine de 1 à 2 % du poids d’un objet lorsqu’il est soumis à ladite technologie antigravitationnelle, le but étant de découvrir le point zéro, l’annulation totale de la gravité. Curieux paradoxe donc que ces recherches qui coûtent des dizaines de millions de dollars pour arriver à des effets peu concluants face à d’autres chercheurs, non officiels ceux-là qui, œuvrant dans leur garage de banlieue, seraient arrivés à faire décoller tel ou tel objet, à produire des quantités d’énergie absolument incroyables. Des gens que l’on doit alors croire sur parole et dont on peut facilement se procurer les coordonnés dans des magazines comme Nexus ou dans des livres sur l’énergie libre (celui de Jeane Manning aux éditions Louise Courteau par exemple), autre pomme de discorde entre physiciens « sérieux » et autres Pr. Tournesol « Underground ». Nick Cook ne peut s’empêcher de penser que l’on a pu faire silence sur les véritables percées scientifiques des nazis en matière d’antigravitation car « ces révélations auraient provoqué la mort prématurée de la toute jeune science aérospatiale… Une science qui aurait rendu leur propre monde redondant » et donc inutile, ce qui aurait sonné le glas « des missiles balistiques, des avions à réaction, des armes guidées, des avions transatlantiques » et de la conquête spatiale telle que nous l’avons connue. Une hypothèse et une logique très séduisante mais qui ne valide pas l’existence des Ovnis nazis parce que cette hypothèse est justement logique !

Les questions demeurent

Au terme d’une lecture non exhaustive de ce dossier des Ovnis nazis, une partie de mes questions demeurent et je m’interroge toujours sur l’origine de certaines histoires et certains clichés même si l’hypothèse d’une motivation idéologique à la construction de ces récits me semble très naturelle, tentante et partiellement satisfaisante. D’une part, comme nous l’avons vu, le mythe des Ovnis nazis sert le camp de l’extrême droite en accordant au régime hitlérien une aura de mystère, de magie et d’universalisme (via l’influence présumée d’une civilisation extraterrestre). D’autre part, d’autres intervenants plus proche du milieu New Age et pas nécessairement nazi au premier abord s’en servent pour la constitution d’une nouvelle religion, sorte de syncrétisme alliant Bouddhisme et Egyptologie, créant avec les nazis et leurs Ovnis l’image d’un ennemi tout puissant, de type luciférien qui a détourné des forces bienfaitrices pour leur propre compte. Une telle puissance incarnée par un tel ennemi qui a profondément marqué l’histoire ne peut alors que légitimer toutes les digressions et constructions ésotériques, idéologiques ou religieuses qui en découleraient. Mais je demeure ouvert à l’idée que cette affaire d’Ovni nazis n’est pas sortie de nul part uniquement pour satisfaire les besoins justificateurs de certains groupements. Je ne peux m’empêcher de ressasser encore et toujours cette petite phrase : « Et s’il y avait malgré tout un fond de vérité là dedans »

 

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