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RAPPORT CONDON


Dossier OVNI et EXOBIOLOGIE: Articles et documents

LE RAPPORT CONDON OU UN PEU D’HISTOIRE

 

Dimanche 24 Août 2008
J.-F. DELPECH-LABORIE 1973

Le 11 janvier 1969, il y a donc environ quatre ans, la Commission présidée par Edward U. Condon oubliait son tristement célèbre rapport. L’ayant ratifié, l’Académie nationale des Sciences des États-Unis donna aux savants « orthodoxes » du monde entier la satisfaction illusoire d’une victoire prétendue facile et définitive… Avec quatre années de recul, on peut tout d’abord affirmer que, bien heureusement, l’illusion des braves savants conformistes est une fois de plus à rejeter au rancart : en dépit d’une portée sensible du rapport dans certaines couches du public, les U.F.O. continuent de sillonner nos cieux (ayant le mauvais goût de ne pas se conformer aux conclusions du rapport, qu’ils n’ont sans doute pas lu ! ) et beaucoup de gens continuent de s’y intéresser ; la recherche « ufologique » est donc toujours aussi active.

 

LE RAPPORT CONDON OU UN PEU D'HISTOIRE

D’une manière générale, la Commission Condon n’est que l’apothéose malheureuse d’une politique menée en ce sens depuis presque vingt-cinq ans par l’ensemble des gouvernants, quelle que soit leur« couleur ». On a déjà beaucoup écrit sur les défauts et les lacunes de la Commission Condon, dans ses méthodes et ses résultats. Y revenir serait une inutile répétition (1). Réfléchir au problème de l’attitude générale des activités officielles face aux U.F.O. est plus intéressant : c’est en effet un étrange paradoxe que de voir tous ces gouvernements, disposant par excellence des moyens d’information les plus rapides et les plus étendus, nier avec rage les manifestations insolites du ciel observées un peu partout par toutes sortes de gens, chaque jour nous en apporte de nouvelles preuves. Mais aborder cette question, c’est entrer dans un domaine bien épineux. D’une part les renseignements sont fragmentaires, incertains, difficiles à vérifier ; d’autre part, si tous les spécialistes sont unanimes à souligner la chose, rien ne va plus lorsqu’il s’agit d’en rechercher la cause : certains dénoncent l’attitude des autorités, mais ne veulent y voir que négligence et incompétence ; et d’autres, à l’extrême opposé, protestent avec véhémence contre une mystérieuse conspiration mondiale, dirigée par des services ultra secrets ou d’occultes associations économiques (?), faisant intervenir des groupes d’agents « silencer » allant jusqu’à supprimer les témoins ou les chercheurs trop gênants… Entre de mauvais plagiats de I. Fleming vaguement mêlés de science-fiction et une indulgence un peu naïve à l’égard de certains services officiels (symboles de vertu!), il est bien malaisé d’avoir une vision claire de ce problème ténébreux mais capital. Il n’est pas question d’entrer dans une stérile polémique, mais plutôt d’envisager cette affaire sous l’angle des faits.
Pour tenter de démêler un écheveau aussi embrouillé, on peut au moins se raccrocher à un élément essentiel et maintenant bien établi : l’intérêt incontestable que portent aux U.F.O. les services de renseignements américains (C.I.A.) et soviétiques, et leurs interventions directes, comme nous allons le voir, à la base des mesures de black-out ou de tromperie. Remontons dans le temps, et nous trouverons peut-être une origine possible de cet intérêt:
Avant 1940, les autorités officielles du monde entier ne se sont probablement jamais souciées des diverses observations dont on retrouve encore la trace. Il semble donc que ce soit au cours de la seconde guerre mondiale que leurs regards se sont portés sur ces phénomènes par l’intermédiaire des pilotes de guerre, dont il ne faut pas oublier le nombre considérable de rapports (2). A tel point que l’armée de l’air nazie, la Luftwaffe, créa en 1944 un «Bureau Spécial 13» chargé d’étudier ces rapports, activité prenant le nom code d’opération «Uranus» (3). Un an plus tôt, les services de renseignements britanniques avaient eux aussi formé un organisme d’enquête qui put établir, par le canal d’un agent double, que les objets mystérieux n’étaient pas d’origine allemande et causaient les mêmes soucis à ces derniers (3 et 4). Comme ceci le montre, ce sont donc les services de renseignements qui, en temps de guerre, se sont occupés en priorité de ce genre d’affaire. Et ne serait-ce pas justement en passant au crible les rapports des pilotes de chasse alliés qu’est né au sein des services secrets américains un intérêt pour les U.F.O. qui paraît n’avoir jamais tari ensuite ?

Depuis 1947, les commissions d’enquêtes officielles chargées d’éclairer le problème U.F.O. aux États-Unis ont connu bien des malheurs ! Ou bien elles se sont vues muselées et « liquidées » les unes après les autres, ou bien elles ont dégénéré en entreprises de mystification publique. Les détails les plus précis à leur sujet se trouvent par exemple dans l’ouvrage d’Henry Durrant (3) et dans le savoureux petit livre d’Aimé Michel (coll. « Pour ou Contre ») qui les commente avec son humour incisif (5).

Rappelons seulement les faits principaux.

Le 30 décembre 1947, James Forrestal, secrétaire d’État américain à la Défense, signe le décret de création de la première Commission «Project Sign», devant le nombre croissant des observations et les réactions du public. Depuis le début des événements, l’U.S. Air Force (U.S.A.F.) feint la plus totale ignorance. Elle a pourtant déjà eu l’occasion d’étudier des rapports similaires, ceux de ses pilotes pendant la guerre et de ses bases Scandinaves en 1946. «Project Sign» est placée sous la responsabilité de l’A.T.I.C. (Service de Renseignement technique de l’U.S.A.F.) à la base de Wright-Patterson, Dayton (Ohio). Il dispose de moyens importants et son travail est très actif. Ce sera la première et la dernière Commission américaine sérieuse (6). En septembre 1948, « Project Sign » fait parvenir au chef d’état-major de l’U.S.A.F. un rapport top-secret, «The estimate of the situation». Ce rapport soutient clairement l’hypothèse de l’origine interplanétaire des U.F.O.
«Project Sign» n’y survivra pas ! Le Pentagone repousse ses conclusions, puis le dissout purement et simplement. C’est la première amorce de la « politique du secret ». Cela dénote-t-il forcément dès cette date une hostilité systématique à la réalité des faits de la part de l’état-major de l’U.S.A.F. ? Peut-être pas. D’une part parce que les militaires du Pentagone ne sont pas plus bornés que ceux de l’A.T.I.C., ensuite parce que les ouvrages du Major Donald Keyhoe nous montrent que l’atmosphère au sein de TU.S.A.F. à cette époque était plutôt à la perplexité et à l’indécision.
– Cette réaction signifierait-elle alors que le service de renseignement que nous verrons apparaître dans l’affaire en 1953 faisait déjà pression sur l’U.S.A.F. en 1948 ?…
Le 11 février 1949, le défunt « Project Sign» est transformé en « Project Grudge ». Le capitaine Ruppelt révèle dans son livre (7) que, violemment secoué par la tempête qui vient de s’abattre du Pentagone, le personnel de l’A.T.I.C. a maintenant pris le parti d’une attitude beaucoup plus conforme aux vœux de l’état-major ! Une ultime tentative est toutefois risquée avec la publication du communiqué du 24 avril 1949, encore orienté vers l’hypothèse interplanétaire. Le Pentagone réagit à nouveau violemment et en arrive même à opérer certaines purges à l’intérieur du « Project Grudge ». A partir de ce moment l’A.T.I.C., deux fois échaudé, se contentera de réduire au maximum le nombre d’objets non identifiés par le biais d’explications parfaitement douteuses et arbitraires. Ce traitement réussira si bien pendant toute l’année 1949 qu’il aboutira à un pourcentage négligeable de cas inexpliqués lors du rapport final de la Commission, en décembre, ce qui entraînera ipso facto la suppression de « Project Grudge », devenu « évidemment inutile ».
Durant presque deux ans, toutes les observations seront impitoyablement rejetées aux oubliettes, c’est-à-dire dans les archives de l’A.T.I.C. Il faudra attendre octobre 1951 pour que « Project Grudge » soit rétabli, à la suite d’une observation survenue en présence d’importantes personnalités. La direction est alors confiée à un officier de renseignement de l’A.T.I.C., le capitaine Edward Ruppelt. Son action à la tête de la Commission jusqu’en 1953 est énorme. Son premier soin est de former une sous-commission, «Project Bear», véritable bureau scientifique composé des spécialistes de diverses disciplines. Il dispose de moyens plus étendus et plus modernes que l’ancien «Project Sign». L’étude des rapports s’oriente vers une recherche objective et compétente. Ses pouvoirs sont encore accrus lorsque la Commission prend le nouveau nom de « Project Blue Book », en mars 1952. Tout ceci aboutit à une augmentation considérable des observations inexpliquées dans les statistiques officielles.
Est-ce précisément cela qui gêne alors un certain service de renseignement, compte tenu de l’atmosphère générale consécutive à la vague de 1952 ? Quoi qu’il en soit, un jury scientifique est réuni en janvier 1953 par le Pentagone pour statuer définitivement (!) sur le problème U.F.O.

C’est le Jury Robertson ; il est en fait l’œuvre de la C.I.A.

Rappelons que tous les détails concernant le Jury Robertson sont connus grâce aux documents découverts par le Dr Mac Donald au siège de l’A.T.I.C. en 1966. Le jury se réunit au Pentagone à partir du 12 janvier 1953, composé de plusieurs savants, présidés par le physicien H.P. Robertson, mais aussi du directeur de l’A.T.I.C. et des trois personnalités importantes de la C.I.A. Le « Project Blue Book » dépose ses conclusions, qui envisagent favorablement la réalité concrète des U.F.O. ; et au moment du rapport final, la C.I.A. se précipite au service de la science ! Elle réclame du jury un verdict négatif qui couvrira une série de recommandations secrètes de la C.I.A. exigeant « … une réfutation systématique des soucoupes volantes en vue de réduire l’intérêt du public pour ce sujet… ». Prétexte officiellement invoqué par la C.I.A. : tarir la source publique des informations, afin d’éviter que les réseaux de renseignements des services secrets ne soient submergés. Deux règlements, maintenant célèbres, sont promulgués à cet effet : A.F.R. 200-2, qui organise l’acheminement des observations, et J.A.N.A.P. 146, qui considère la divulgation de toute information au niveau des bases comme un crime passible de 10000 dollars d’amende et de dix ans d’emprisonnement.
Dans le motif officiel avancé par la C.I.A., on peut déceler une contradiction qui éclaire du même coup sa duplicité. Ce motif est donc le prétendu besoin pour la C.I.A. de débarrasser ses réseaux de renseignements de rapports présentés comme inutiles et dangereusement encombrants (8). Or :
1° L’argument est par lui-même irrecevable. En effet, la C.I.A. possède d’une part des réseaux suffisamment étendus, organisés, perfectionnés, et en possède suffisamment le contrôle pour ne pas risquer de les voir brouillés à tout propos. D’autre part, elle est libre de n’acheminer par ces canaux que les renseignements qu’elle estime dignes d’intérêt et elle peut rejeter à sa guise les informations superflues, sans avoir besoin de recourir a la censure de l’U.S.A.F. ! Ou bien les soucoupes volantes ne sont que phantasmes aberrants, et pourquoi s’en embarrasser alors, ou bien…
2° Les activités de la C.I.A. en matière d’U.F.O. démentent manifestement le prétexte invoqué. Non seulement les enquêteurs de la C.I.A., comme le souligne Aimé Michel, font preuve de beaucoup d’empressement et d’attention dans de nombreux cas d’observations, mais encore les dispositions établies par A.F.R. 200-2 sont elles-mêmes en contradiction avec le prétexte en question. A.F.R. 200-2 stipule en substance que toutes les observations acheminées par les services de l’U.S.A.F. doivent obligatoirement parvenir en premier lieu à l’Air Defence Command (A.D.C.) qui opérera un tri ; l’A.T.I.C., et donc « Project Blue Book» n’en recevra alors par son canal qu’une sélection épurée, les cas importants étant réservés et transmis par les soins de l’A.D.C. aux « Agences de Renseignements intéressées » ; sur la base de documents significatifs, Aimé Michel a démontré dans son livre déjà cité que c’est bien la C.I.A. qu’il faut entendre par cette appellation. Par conséquent, cette mesure n’a pas manqué de drainer vers la C.I.A. de nombreuses observations de « premier choix ». Étrange méthode pour se débarrasser de rapports considérés « inutiles »…
Notons que cela permet aussi de ne présenter au public, par l’intermédiaire de « Project Blue Book », qu’une sélection de cas « inoffensifs ». Ces prescriptions ont été, bien sûr, scrupuleusement appliquées grâce à l’épouvantail incarné par J.A.N.A.P. 146 ! Notons aussi que le Dr Hynek présent aux réunions du Jury Robertson à titre de conseiller scientifique de l’U.S.A.F., se refusa à en contresigner les conclusions.
Tous ces détails sont connus au moyen de documents que le Dr Mac Donald découvrit au siège de l’A.T.I.C. en 1966. Il est édifiant de constater qu’aussitôt après sa demande d’en obtenir copie, ils furent tous remis au secret sur l’intervention de la C.I.A. Les exemplaires publiés par la suite et reproduits en annexe du rapport Condon sont entièrement expurgés. On y trouve tout de même quelques petites perles ; par exemple : « … La Commission a pris connaissance de l’existence de certains groupements comme les « Civilian Flying Saucers Investigators  » et l' »Aerial Phenomena Research Organization ». Il a été estimé que de telles organisations devraient être surveillées en raison de leur grand potentiel d’influence sur l’esprit du public au cas où une extension des observations surviendrait. L’irresponsabilité apparente et l’utilisation possible de tels groupements en vue de desseins subversifs (sic) devraient être prises en considération…» Sans commentaires !
II est probable que ces recommandations ne sont pas restées sans conséquence. Ainsi, Jim et Coral Lorenzen font allusion, dans un de leurs livres (9), au flot d’enquêteurs plus ou moins douteux dont ils subirent les visites dans les temps qui suivirent la fondation de l’A.P.R.Q. L’inquisition ne serait-elle pas morte ? On peut conclure de cette série de faits :
La C.I.A. manifeste un intérêt particulier pour le problème des U.F.O. Elle cherche à masquer ses activités réelles dans ce domaine en se dissimulant derrière des « opérations-bidon » réalisées par l’U.S.A.F. sous sa pression. Elle représente donc la cause véritable des mesures américaines de black-out. Pourquoi l’armée de l’Air se prête-t-elle à cette comédie, sans bénéfice pour sa réputation, et dont la Commission Condon n’est qu’un nouvel épisode ? Peut-être l’état-major de l’U.S.A.F. n’accorde-t-il pas à la question l’importance qu’elle mérite, comme le pense le Dr Mac Donald. De toute façon, la coopération entre l’armée et les services de renseignements est une nécessité bien connue. Mais pourquoi un impérieux besoin pour la C.I.A. de faire endormir l’opinion publique américaine? Simplement du fait que la puissance de l’opinion publique est incalculable dans un grand pays démocratique comme les Etats-Unis. Tant qu’un organisme « bidon » est en place, les pressions de l’opinion s’exercent contre lui et il est bien commode de pouvoir s’abriter derrière. Bien sûr, si la C.I.A. n’avait rien à cacher… Il est donc possible, en restant très mesuré, de réfuter sérieusement l’explication de l’attitude officielle américaine par l’incompétence seule. Les événements démontrent d’eux-mêmes que les manœuvres concertées de la C.I.A. en sont en grande partie responsables. L’incompétence et la négligence de l’Air Force ne peuvent que les favoriser.
Reste à découvrir les buts profonds de toute cette action de la C.I.A. Répondre à cette énigme serait résoudre le problème tout entier. On a émis l’hypothèse qu’il est naturel, de la part de la C.I.A., vu ses fonctions, de mer secrètement des recherches sur ce problème d’importance nationale aux U.S.A. Comme c’est simple ! Si c’était vraiment le cas, pourquoi la C.I.A. se donnerait-elle tant de mal depuis des années pour faire réaliser par d’autres organismes des supercheries coûteuses et combien aléatoires, destinées à tromper le public, et qui n’ont en principe aucune raison d’être? Il lui suffirait de mener à bien ses enquêtes régulières dans les conditions de secret faisant partie de ses prérogatives. Ce qui est plus vraisemblable, c’est que la C.I.A. a cherché à s’assurer un véritable monopole sur les informations officielles en matière d’U.F.O. et sur leur étude, ceci pour des raisons qu’elle est seule à connaître. On peut se demander en ce qui les concerne si elles ne recouvrent pas le mystérieux désir de quelque découverte sensationnelle dont la C.I.A. et peut-être le gouvernement américain seraient les seuls bénéficiaires. Il est utile de relire les réflexions de F. Lagarde sur ce sujet, dans Lumières dans la nuit, n° 94. De les relire, et de les méditer.
Sous cet éclairage, la Commission Condon apparaît comme un prolongement logique. Aimé Michel la qualifie très judicieusement de «dispendieuse et vaine réédition du Jury Robertson» (5). Entre les deux opérations se sont déroulées treize années de routine léthargique pour le « Project Blue Book » qui s’est contenté à partir de 1953 d’ «expliquer» et de classer les observations, conformément aux règles établies par le Rapport 14, document élaboré par FU.S.A.F. En 1955 pour renforcer le système mis en place par l’A.F.R. 200-2. La Commission Condon n’a cependant pas bénéficié d’autant de chance que les mystifications précédentes qui réussirent si bien à chloroformer l’opinion. Ses dissensions internes aboutirent à la publication du mémorandum Low, faisant éclater le scandale au grand jour en mettant en lumière la duplicité de cette gigantesque entreprise d’intoxication à la solde de l’U.S.A.F. pour la coquette somme de plus d’un demi-million de dollars. A ce propos, un fait est intéressant à signaler dans le comportement de l’U.S.A.F. : la modification de l’A.F.R. 200-2 en A.F.R. 80-17 n’a pas seulement été destinée à faciliter l’organisation de la Commission Condon. En lisant attentivement le texte de ce règlement, publié en annexe du Rapport Condon, on s’aperçoit que le système de transmission établi par l’A.F.R. 200-2 est complètement modifié et que les rapports d’investigations provenant des bases aériennes ne doivent plus être acheminés par le canal exclusif de l’A.D.C., mais au contraire parvenir à divers services de l’Air Force, dont un service de technique avancée, le « Foreign Technology Division » (F.T.D.), voisin de l’A.T.I.C., et à qui est confiée l’analyse approfondie des rapports. On ne relève donc plus la moindre allusion aux fameuses « Agences de Renseignements intéressées ». Qu’est-ce à dire, sinon que l’Air Force a désormais mis en place un système de transmission des observations qui lui est uniquement intérieur, rompant ainsi ses liens avec la C.I.A. en matière d’U.F.O. ? N’aurait-elle plus envie de faire la sale besogne des services secrets à leur place et d’être prise en sandwich entre le public et eux ? D’autant plus que, selon des informations publiées dans le numéro d’août 1970 de l’ « U.F.O. Investigator » du N.I.C.A.P., le F.T.D. maintiendrait des activités de classement et d’analyse des rapports d’U.F.O. qui lui parviendraient toujours par le canal de l’A.D.C., en dépit de la suppression de l’A.F.R. 80-17 survenue avec la disparition du « Project Blue Book », le 17 décembre 1969. Le règlement J.A.N.A.P. 146 étant, lui, encore en vigueur. Quant à la disparition du « Project Blue Book », il est frappant de constater qu’elle ne fut finalement décidée qu’une année après la publication du Rapport Condon, sur lequel elle s’appuie. C’est un délai de réflexion bien difficile à justifier !
Il existe enfin un autre aspect de ces problèmes, probablement le plus obscur et le plus incertain, celui des disparitions mystérieuses de témoins ou de chercheurs. On a dit beaucoup de choses sur ce point, sûrement beaucoup trop. On en a brodé, en dépit de la raison et du bon sens, des histoires extravagantes. Il n’en reste pas moins un certain nombre de faits réels, toujours sans solution. L’analyse la plus juste de cette singulière énigme est, encore, à mon avis, celle d’Aimé Michel (5) qui l’a traitée avec réalisme et objectivité. Vouloir s’avancer au-delà en l’absence d’éléments nouveaux ne serait que spéculation gratuite.
Pour finir, disons que l’Union soviétique, ennemie politique des U.S.A., n’a rien à leur envier dans le domaine de la censure ufologique, qui ignore les frontières et les idéologies. Il paraît en effet que le « printemps (ufologique) de Moscou » de 1967, qui avait permis d’espérer une Commission scientifique russe honnête, et qui fut anéanti par l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S., le fut en réalité par les intrigues et sous la pression du K.G.B. (services secrets russes). Hélas ! on ne dispose pas d’une même profusion de documents pour l’U.R.S.S. que pour les U.S.A.
Beaucoup de gouvernements se sont alignés sur les méthodes ufologiques des deux super-grands. Les tentatives de bonne volonté qui se sont parfois manifestées au Canada et en Amérique latine n’ont jamais débouché sur rien de concret, de même que les petites commissions qui existent dans certains pays, comme l’Australie, la Grande-Bretagne, la Suède, etc. En France, l’attitude des autorités ne semble faite que d’une totale indifférence et d’un mépris qui n’a d’égal que l’ignorance du sujet ; les répercussions négatives du Rapport Condon dans l’opinion publique, aux États-Unis comme ailleurs, sont indiscutables. Mais que survienne de nouveau une grande vague d’observations et je suis convaincu que cette apparente carapace d’indifférence fondra comme neige au soleil.
Et cette fois, la C.I.A. et l’U.S.A.F. auront brûlé leurs dernières cartouches.

Notes et Sources

(1) Les détails les plus nombreux sur la vie intérieure et les dessous de la Commission Condon se trouvent dans le livre du Dr. David Saunders et de Roger Harkins : U.F.O. ? Y es !
(2) De nombreux exemples en sont donnés dans le livre de Cordon Lore et Harold Dencault : Hysteries of the skies ; U.F.O.S. in perspective.
(3) Voir l’ouvrage extrêmement bien documenté d’Henry Durrant : Le livre noir des soucoupes volantes (Laffont, 1970).
(4) Frank Edwards : Du nouveau sur les soucoupes volantes (Laffont, 1968).
(5) Aimé Michel : Pour les soucoupes volantes (Berger-Levrault, Collection « Pour ou contre », 1969).
(6) A l’exception de « Project Blue Book » lors de sa brève direction par le capitaine Ruppelt.
(7) Edward Ruppelt : The Report on U.F.O.
(8) Le prétexte est repris, à peu près similairement et toujours pour justifier l’action de la C.I.A., par Walter Sullivan dans l’introduction du Rapport Condon.
(9) Jim et Coral Lorenzen : U.F.O. over the Americas ; chapitre « U F O and C.I.A. ».

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